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Le bruit vient de loin. La poussière brouille le bout de la rue. Boom. Un camion de police rôde aux alentours. Boom. Les bruits sont des coups. On aperçoit des machines broyeuses. Il y a encore un mois, Balzac régnait à l’horizon. Immense. Majestueux. Depuis, la grignoteuse affamée s’est régalée. Chaque parcelle de béton, chaque étage, chaque appartement. Elle a dévoré l’horizon. La grignoteuse a emporté Balzac dans cet amas de poussières.

Il ne reste que des copeaux du bâtiment. Des pans de murs déchiquetés. Des cuisines et chambres d’enfants broyées. Le papier peint rose du troisième étage s’est évaporé sous la masse. Le signe tribal du septième étage s’est dissimulé dans la poussière. De Balzac, il ne reste que la moitié du bâtiment 20. Et demain, il n’y aura plus rien.

Flex est un rappeur du quartier. Un enfant de Balzac. Il a grandi au bâtiment 2, s’est fait au bâtiment 8, a fini au bâtiment 16. Il a vécu ici, au pied de la barre. « Je pouvais rester là de 8 heures à minuit s’il le fallait. On s’amusait. On a toute notre vie ici » dit Flex, 20 ans. Depuis un mois, à la force d’une machine infernale, les souvenirs s’évanouissent avec la tour. « Violence, police, rigolades, foot, bagarres, barbecues, ambiance, fêtes, anniversaires, on passait du rire aux larmes. C’était grand, on était petits, on était excité. »

Boom. La machine reprend de plus belle. Boom. « Mais c’est mieux que ce soit fait comme ça. Parce que quand c’est la dynamite, tout s’en va d’un seul coup. Là, c’est moins violent pour les yeux » juge Flex. Il s’assoit près d’un terrain de foot défriché. Il jouait au ballon rond ici. On regarde la démolition.
« Il fallait juste rénover, pas détruire
». On entend le bruit des marteaux qui piquent, des jets d’eau qui apaisent la machine en éruption. « Moi, quand j’étais petit, j’étais à l’école Joliot Curie, juste en face de Balzac. Et de la fenêtre de l’école, on gardait toujours un œil sur la fenêtre de chez nous. »

Autour, des bâtiments neufs fleurissent. Le blanc est impeccable. Les carrés de verdures sont soignés. Pour ce rappeur courneuvien, « ça paraît trop propre. Ça nous ressemble pas. Malgré tout, c’est mieux pour les prochaines générations. » Et puis, il se souvient de son appartement, à Balzac :
« C’était un F4. Y’avait peut être de la pisse de chien dans les escaliers, mais les intérieurs étaient propres. C’est l’essentiel. On vivait bien. »
Dans le ciel s’érige toujours une partie du bâtiment 20. Balzac va disparaître. « C’est un mec qui a écrit des livres Balzac, non ? », tente de se rassurer Flex. On s’éloigne. « Peut-être qu’un jour, y’aura un bâtiment Flex. Un bâtiment avec le nom d’un rappeur ». Peut-être.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xksvo4_flex-feat-balzac_news [/dailymotion]

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

À suivre.

Relire l’épisode 1 : http://yahoo.bondyblog.fr/201107220003/la-mort-lente-de-la-tour-balzac/

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