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Rien de tel qu’un temps de Toussaint pour se mettre à écrire. C’était il y a trois ans et c’était déjà la Toussaint. Ou plutôt le mois de Ramadan. L’Hebdo et ses reporters débarquaient en terre inconnue : la banlieue française. J’étais établi à Paris depuis 2004, correspondant free-lance. Les émeutes de novembre 2005 me poussèrent hors de mon nid douillet. La banlieue, je connaissais. Un peu. C’est par à-coups que je m’y rendais, intrigué par cette Sibérie tempérée où vivent les descendants de la colonisation. J’avais sous les yeux le produit d’une histoire très mal digérée.

Ma conviction était acquise depuis longtemps et le réveil brutal des « quartiers » ne fit que la renforcer : la France parquait là les personnes dont elle ne voulait pas, témoins gênants de ses défaites. Elle les conservait sous une cloche en verre, dans un mélange de commisération et de sadisme : aide sociale d’une main, exclusion silencieuse de l’autre. Le 27 octobre 2005, avec la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, la cloche explosa. Les relégués de Sibérie allumèrent des feux de détresse. La Perestroïka était en marche, et ce n’était pas le pouvoir central qui avait enclenché le processus.

Trois ans plus tard, la parité France-banlieue n’est toujours pas réalisée. Les choses avancent timidement. Il y a des sauts encourageants : l’intérêt des grandes entreprises pour la main d’œuvre qualifiée des quartiers ; il y a des rechutes : la Marseillaise sifflée. Mais la France ne peut pas tout, toute seule. Le documentaire de Yamina Benguigui, 9/3, Mémoire d’un territoire, plonge aux racines du malaise : l’histoire. La banlieue française, ce n’est pas que la France, c’est aussi l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, le Mali. Il y a en Seine-Saint-Denis et dans d’autres départements tagués « banlieue », des bi-nationalités qui ne pourront pas être réduites à une identité simple. Le gros du boulot, c’est Alger et Paris que ça concerne. Une continuité humaine relie les deux pays. Une réalité politique doit la consacrer. La signature d’un traité d’amitié ne serait pas de trop. Mais on n’en prend pas le chemin.

Bon, tout cela reste éloigné du présent. Par chance, il y a Obama. Le plan Espoir Banlieue de Fadela Amara, pour l’heure, c’est lui.

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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