A la naissance, Barbie était déjà une grande jeune femme. Ses parents n’ont pas connu les joies des pleurs, des maladies infantiles et des problèmes de garde. Elle leur a même fait l’économie d’une crise d’adolescence. Ce qui n’est pas négligeable et même très salutaire diraient les amis de Sigmund qui expliquent que nos problèmes d’adultes trouvent leur cause dans nos blessures d’enfance. Elle est même née avec un métier. Et quel métier ! Celui de journaliste qui fait tant rêver certains. Elle porte une veste rose, une jupe courte évasée et des escarpins élégants. Elle arbore de longs cheveux blonds lâchés, maitrisés par un brushing indestructible façon Nikki Newman, il y a quelques années.

C’est ainsi que Dieu Mattel l’a faite. Elle n’en est pas totalement satisfaite. Mais elle s’y plie. Elle aurait voulu être brune, avec des yeux verts émeraude et un joli teint doré. Pour le coup c’est raté. Cantonnée depuis des années à la présentation d’émission sans réel intérêt, elle présente depuis quelques temps la météo à laquelle elle n’y connaissait pas grand-chose. Elle a fini par connaître par cœur la carte de France et devient incollable sur les cumulonimbus et les dépressions en tout genre. Elle s’échappe parfois pour animer des compétitions à la gloire des animaux de compagnie. Dernièrement elle a ainsi assuré la présentation du championnat de la plus belle chouette noire de moins de 3 ans qui sait compter jusqu’à cinq. Un programme diffusé par les sites internet spécialisés dans les infos insolites. Barbie est une amoureuse du décalage.

Après avoir acquis une relative notoriété, elle a osé un zest d’ambition et a obtienu la couverture d’un match de rugby. Déjà qu’elle ne connait pas grand-chose au foot, avec le rugby elle frôle la 13ème dimension. On l’a engagé pour son joli minois, elle le sait et ne s’en plaint pas, pour mettre un peu de douceur dans ce monde de… euh …gentlemen. Dans les vestiaires, certains pour ne pas dire beaucoup, la chahutent, se moquent gentiment d’elle. Elle a récolté beaucoup de numéros de portables mais peu d’interviews. Elle essaie tout de même de garder son sang-froid. Mais c’est la cata. Au secours ! Barbie repart en courant. Le rugby, c’est vraiment pas son truc. Elle va couvrir les soldes. « C’est plus facile », pense t- elle. Elle ne croit pas si bien dire.

Elle prend position devant un Auchan à 9h00 pétantes en ce premier jour de soldes. Les gens peu réceptifs à ses questions, se précipitent sur les portes et courent vers le rayon électroménager, bousculant ainsi dans leur course folle, notre amie Barbie qui se retrouve à terre. Le pas boitant, l’air dégouté, elle rentre énervée voire penaude. Elle en regretterait presque les vestiaires des rugbymans. Ah ! Les joies du terrain ! Ici son joli minois n’est pas d’un grand secours. Elle se rend ensuite dans un magasin de vêtement pour femme de moins de 50 ans. Et là, c’est la foule. Barbie suffoque, elle est un peu agoraphobe en plus d’être claustrophobe. Des vêtements par dizaines qui trainent par terre. Des files d’attente interminables. Une chaleur étouffante. Des vendeuses au bord de la crise de nerf. Des clientes qui s’étripent pour un bout de chiffon. Un vrai champ de bataille. Barbie abdique. Les soldes ! C’est pas pour elle. Elle est trop classe pour ça. Elle préfère se confronter aux dangers d’une vraie guerre.

On l’imagine mal en reporter de guerre avec ses talons et sa petite jupe. Comme tout le monde et en particulier les prétendantes au titre de Miss France, Miss Mattel (Barbie) est contre la guerre et la famine. Elle est pour la paix et l’harmonie dans le monde. Elle n’aime pas les méchants et la gentillesse est sa qualité préférée. Miss France et Barbie, même combat. Et pourtant elle veut y aller, à la guerre ! La méchanceté des hommes la révolte certes, mais la fascine tout de même. Et elle y va avec sa petite veste rose bonbon, sa jupe et ses talons. Car elle y tient à sa féminité, en toute circonstances. Etre belle, faire rêver c’est son destin, sa raison d’être, même au milieu des bombes. Sa beauté et son élégance offrent un contraste insolent avec la dureté d’une ville détruite parsemée de ruines à perte de vue.

Elle a droit à des regards moqueurs mais charmeurs de la part des soldats. Son arrivée est un événement en lui-même. Certes pas historique, mais tout de même. Elle est perçue comme une mascotte qui viendrait donner du baume au cœur aux guerriers comme jadis ce fut pour les stars comme Marylin. Non et non, elle est reporter de guerre. Un point c’est tout. Et elle accompagne courageusement les soldats dans leurs différentes sorties et manœuvres, armée de sa caméra, de son sourire et de son look de princesse. Et elle court, elle court, elle se cache pour échapper aux bombes, filme et pose des questions. Mais un jour, dans la précipitation et la peur, notre Barbie tombe, et se fracture le fémur. Résultat, elle se retrouve avec une jambe plâtrée et rentre à Paris plus tôt que prévu. Pas facile de couvrir une guerre avec une paire d’escarpins, mais du coup avec des béquilles… Et pourtant elle est parvenue malgré tout à récolter des images et des témoignages qui ont donné lieu à de bons reportages.

C’est une révélation. Une pro est née. Qui l’eût crû ? Barbie dans son meilleur rôle : reporter de guerre. Mais Barbie a eu peur. Elle a approché la mort de près et la haine des hommes l’a poussée à réfléchir sur son destin. Elle voudrait aller au delà des apparences et ne plus jouer la belle de service pour appâter le téléspectateur. Barbie journaliste ! Presque un pléonasme. Vu les belles qui occupent les écrans. Aujourd’hui il faut être mignonne même pour faire le ménage. Bientôt il faudra instaurer une discrimination positive pour les moches, les grosses, les pas pistonnées….enfin bref … Au fait, Barbie moche, c’est pour quand ?

Certaines journalistes espagnoles et italiennes dotées d’un certain sex-appeal sont de véritables bimbos. Un racolage télévisuel, naturellement assumé. En France on se doit d’être belle mais on se la joue austère. On veut faire oublier son joli visage sous des airs sévères, qui semblent dire « je vous en supplie, ne me réduisez à mon apparence, regardez moi dans les neurones ». Même Barbie a des soucis. Elle en assez de ne pas être prise au sérieux quand elle annonce sa profession. Elle en a marre de ces mecs qui se croient obligés de la draguer car elle est blonde et jolie. Eh oui! Barbie a des problèmes certes pas énormes, mais quand même. Cela lui gâche la vie. Oui ! Je sais cela peut paraître déplacé, d’évoquer ainsi les malheurs de Barbie. C’est une goute d’eau comparé à nos océans de problèmes. Cela ne va pas nous aider à relativiser, c’est sûr. Mais en même temps, ce n’est pas le but.

C’est décidé ! Barbie en a marre de côtoyer les êtres humains. Elle préfère désormais se consacrer aux animaux sauvages. Elle opte naturellement pour une carrière de vétérinaire au fin fond de l’Afrique. Dans le monde merveilleux de Barbie, on peut choisir à tout moment un joli métier et en changer sans passer par la case étude. Il suffit tout simplement d’écrire une belle lettre au Père Mattel. Et le tour est joué. La voilà véto. Allez, en route pour l’Afrique. Barbie propose et Barbie dispose.

Tassadit Mansouri

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