20h22. Gare du Nord. Le train IQA est à l’approche. La journée a été longue, dernière ligne droite, quelques stations avant de pouvoir enfiler mes pantoufles. Train à quai. J’appuie sur le bouton, ouverture des portes, merde, je me suis trompée de quai. Je décrypte les panneaux à toute allure, pas d’erreur c’est bien le RER B direction Mitry-Claye et il dessert bien ma station.

Une annonce retentit : « Attention. Ce train desservira toutes les gares du Bourget en direction de Mitry-Claye. » J’enjambe la marche, les  portes se referment dans mon dos. Intérieur clair et spacieux, espace à bagages, ce train n’est pas celui qui me traîne depuis des lustres. Je pose mes fesses sur ce siège en tissus recouvert d’un motif vert anis. Des fleurs. Je parcours le wagon d’un regard sceptique, pas encore tout à fait convaincue d’être montée dans le bon transport.

Il fait plus clair à l’intérieur qu’à l’extérieur où le ciel gris menace de faire tomber la pluie. J’en suis sure car les vitres sont d’une transparence impeccable et qu’aucun graffiti gravé dans le verre ne m’empêche de voir les nuages. Ce train est calme. Ce train est beau. Des femmes discutent à ma droite, je ne sais pas de quoi elles parlent car elles chuchotent. J’arrive à écrire. Sacs coincés entre les cuisses, genoux serrés, la femme devant moi me laisse suffisamment de place pour que je glisse mes jambes sans risquer la paralysie.

Un téléphone sonne. J’aperçois cet homme qui s’agite. Il fouille dans ses poches à la hâte, tentant de mettre la main sur le parasite. L’air confus d’avoir perturbé la sérénité du wagon, il répond quand même. Je ne comprends pas sa langue. Il met en fait très vite fin à sa conversation téléphonique.

Ce train est neuf, les gens le voient. Ce train respecte les gens, ils ont décidé de bien le lui rendre.

Joanna Yakin

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