« 5, 4,3,2,1 ….0 ça y est il est 19h abonne toi ! Faut que nous soyons les premiers ! » Rédouane et Samir sont deux frères, ils ont respectivement 29 et 25 ans. Ce vendredi, lors du lancement de la chaine BeIn Sport 1, qu’ils attendaient avec impatience, ils étaient réunis chez Rédouane pour être les premiers à s’abonner à la nouvelle chaîne franco-qatarienne : « Cette chaine répond à tous nos souhaits, une affiche de malade, un abonnement sans engagement, un prix plus que raisonnable, et c’est des Arabes qui détiennent ça. Ça fait plaisir non?? » Installés dans leur canapé, ils sont comme des gosses à l’idée d’adhérer à cette chaîne qui a tant fait parler d’elle.

Il faut dire qu’avec les Qataris, quand ils ont un projet en tête, les choses ne se font pas à moitié. Très attendu depuis plusieurs semaines, aussi bien par les médias que les futures abonnées comme Rédouane, le lancement de la nouvelle chaîne 100% sport n’a pas déçu. Pour s’abonner à BeIn Sport,  inutile de prendre son téléphone et d’appeler des heures  un  service opérateur. Pas besoin, non plus, d’aller dans une boutique. Tout peut se faire depuis son canapé. Il suffit d’allumer son téléviseur (peu importe l’opérateur), de se mettre sur le canal approprié et de suivre les instructions à l’écran. « L’opération m’a pris à peine deux minutes » affirme Rédouane d’un air plus que satisfait.

Le prix de l’abonnement, sans engagement, est fixé à 11 euros par mois pour les deux chaînes: BeIn Sport 1 et 2. A ce prix là, l’offre a de quoi faire des heureux.

J’ai assisté à la conférence de presse de lancement de la chaîne, il y a quelques jours. Vendredi soir, 19 heures pétante, après le compte à rebours, apparaît un spot de plus de deux minutes faisant appel à plusieurs sportifs, journalistes et consultants renommés, le tout accompagné d’images de plusieurs matchs et compétitions, histoire de mettre le téléspectateur direct dans l’ambiance.

Le premier visage qui est apparu à l’écran est celui du footballeur Cristiano Ronaldo pour une « spéciale dédicace ». Christian Karembeu, Jo-Wilfried Tsonga, Yohan Cabaye ont suivi. Une interview du Président de la chaîne et de Qatar Sport Investment (actionnaire du PSG), Nasser Al-Khelaïfi, a fait suite. Pour finir Alexandre Ruiz, journaliste d’Europe 1, débauché par la chaîne il y a quelques mois, a fait une présentation globale de BeIN Sport.

Les deux chaînes du groupe diffuseront au total 16 sports différents sur leurs grilles. Le football se taillera la part du lion. Les abonnés auront notamment accès à tous les matchs de la Ligue 1 (8 matchs en direct et 2 en différé), à tous les matchs de la Ligue des champions (soit 133 en direct et 13 en différé) ainsi qu’à tous ceux de l’Europa League. Plus des matchs des championnats  d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne. Concernant l’antenne, la diversité est au menu. Seront mêlés information, divertissement, investigation, humour et culture. L’animation des deux chaînes sera à la charge d’une équipe jeune d’environ 150 à 160 personnes, dont 58 journalistes. La modernité de BeIN Sport 1 et 2 passera aussi par la qualité de l’image, d’après Nasser Al Khelaifi : « BeIN Sport va s’équiper des technologies les plus modernes. Pour les directs, mais aussi pour tous nos magazines

Si les programmes de BeIN Sport ont de quoi séduire à coup sûr les mordus du ballon rond, la chaîne doit encore améliorer son image auprès du grand public. Selon un sondage OpinionWay-Les Echos, 66% des personnes interrogées considèrent que BeIN Sport est « plutôt une menace pour le paysage audiovisuel français ».  La défiance est surtout marquée chez les plus de 50 ans (75%), les inactifs (77%), les sondés se déclarant de droite (74%) et ceux qui disent regarder la télé tous les jours (69%). La chaine a beaucoup fait parler d’elle dans les médias ces derniers temps en récupérant presque tout les droits de diffusion de football.

Facilement, elle a obtenu ceux de l’Euro 2012, de la Liga, de la Ligue des Champions et d’une partie de la Ligue 1, laissant cependant l’exclusivité des grandes affiches à son concurrent direct, Canal +, histoire de pas le bouffer d’un coup. La chaîne cryptée, désormais sérieusement menacée par l’arrivée de BeIN Sport, devra se renouveler et étoffer son offre si elle souhaite résister à la nouvelle chaîne qatarienne, autrement dit baisser son abonnement et s’aligner sur les prix des Qataris.

Mais la chaîne crypté garde néanmoins de nombreux atouts : elles conservent de belles affiches, jouit d’une bonne cote de popularité chez les jeunes et elle existe dans le PAF depuis plus de trente ans. Il est très tôt pour prédire l’avenir de beIN Sport, mais la concurrence avec sa rivale a de grandes chances de faire les bonnes affaires des passionnés de football.

MOHAMED MEZERAI

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022