#LESBÂTISSEURS Samedi soir aux alentours de 23 heures, les associations « Jeunesse Ambitieuse », « Mejless » et « Apo-G » de Bobigny ont lancé un événement sur Facebook. Objectif : organiser un nettoyage de la ville, après les affrontements qui ont eu lieu en marge du rassemblement contre les violences policières. Récit.

Le rendez-vous était fixé à 10 heures à la gare Pablo Picasso, celle-là même qui a été le théâtre de violentes dégradations samedi soir. Alors que des agents d’entretien de la ville s’affairent à ramasser les projectiles et à balayer les verres des abris-bus détruits par des casseurs samedi soir, un groupe d’une quinzaine de personnes leur vient en aide. « L’idée est au départ venue de l’association « Jeunesse Ambitieuse », explique au Bondy Blog Kamel Abderrahmane, secrétaire de l’association Mejless. Nous  et l’association Apo-G avons de suite apporté notre soutien pour aider au nettoyage de notre ville. Vers 23 heures, l’événement Facebook était lancé. On a essayé de mobiliser nos réseaux le plus vite possible.  Ce qu’il s’est passé nous a vraiment choqués ».

« C’était le minimum à faire, un acte civique et citoyen »

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Capsules et bombes de grenades lacrymogènes ramassées par des habitants de Bobigny. Dans les sacs, pierres et pavés lancés par les manifestants.

  « On habite cette ville et on est totalement contre ce qu’il s’est passé hier soir », nous raconte Kamel Abderrahmane, 25 ans résidant dans le quartier Paul Eluard. On a décidé de se rassembler surtout pour aider au nettoyage de la gare qui a beaucoup été touchée, mais aussi l’espace sous le pont bleu où avait lieu le rassemblement. Les agents de la ville avaient déjà commencé à nettoyer mais ils étaient heureux de nous voir venir les aider ce matin. C’était le minimum à faire pour notre ville qui a été attaquée par des jeunes dont la plupart n’étaient pas d’ici. C’était vraiment un acte civique et citoyen. Notre groupe était composé de Balbyniens de 10 à 45 ans. Ça fait chaud au coeur ». 

Toumani S., un père de famille de 35 ans, est quant à lui venu de Chelles pour apporter son aide aux associations. Ancien Balbynien, il tenait à être sur le terrain ce dimanche matin. « Mon geste n’était pas du tout politique mais citoyen. Il fallait être là ce matin, il fallait que je donne un peu de mon temps. On a rempli une bonne dizaine de sacs avec les débris et les pavés. Mais j’ai aussi été surpris par le nombre de projectiles venant des forces de l’ordre. On a rassemblé une centaine de capsules et de grenades de lacrymogènes ». Kamel a aussi été étonné de la quantité de restes des munitions utilisées par les forces de l’ordre. « De ce que nous avons ramassé, il y en avait plus que les projectiles des casseurs ». Le groupe a d’ailleurs pris une photo de celles-ci. « Des passants, qui n’étaient pas au courant de l’initiative, nous ont rejoins pour nous filer un coup de main. Les agents de la ville étaient très contents de l’initiative. L’adjoint au maire, Youssef Zaoui, est lui aussi venu nous aider. Le maire est passé nous voir à la fin. C’était nécessaire de se rassembler et d’agir pour Bobigny ce matin. »

« Les jeunes de Bobigny construisent et ne détruisent pas »

Kevin qui a travaillé huit ans au conseil départemental, dont les portes, les vitres et le hall d’entrée ont été détruits par les casseurs, était présent au rassemblement samedi soir, tout comme au nettoyage ce dimanche matin. Ce jeune homme a diffusé plusieurs vidéos lors des débordements mais aussi du nettoyage de ce matin. Selon lui, ces affrontements sont le fait de groupes « antifas (antifascistes, ndlr) aussi présents lors des manifestations contre la loi Travail. Ils étaient reconnaissables à leurs slogans, leurs tags anarchistes et anti-autorité. Ils ont, en quelques instants, changé le visage de cette marche qui avait vocation a être pacifique ».

Kevin reconnaît que des jeunes ont ensuite pris part au mouvement, mais comme de nombreux Balbyniens, il affirme qu’ils n’étaient pas de la ville. S’il était là ce matin, c’était aussi pour apporter son soutien. « Cette action avait à la fois une utilité civique et une vocation symbolique. Ce sont majoritairement des Balbyniens qui ont pris part à ce nettoyage, via des associations qui œuvrent localement en faveur des jeunes habitants de nos quartiers. Aujourd’hui, c’est dimanche, il n’y a pas d’éboueurs, seulement des agents des services de la voirie. Être là ce matin c’était aussi montrer que les jeunes d’ici, eux, construisent et ne détruisent pas leur ville. »

Inès EL LABOUDY

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