Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

C’est une journée gâtée que celle des droits de la femme. Ce samedi 8 mars, à Bobigny, un flash-mob féminin en solidarité au combat actuel des femmes espagnoles pour défendre leur droit à l’IVG a rompu la monotonie balbynienne. 

Dans le cadre de la journée de la femme, Franciliens et Balbyniens participent ce 8 mars à un flash-mob près du tribunal de grande Instance de Bobigny. Une centaine de personnes est venue  honorer cette journée. Parmi eux, Catherine Peyge, la maire communiste de la ville. Le lieu de rendez-vous choisi est un lieu symbolique et connu à Bobigny : la passerelle Marie-Claire, du nom de cette jeune fille de 16 ans condamnée en 1972 avec sa mère pour avoir avorté à la suite d’un viol. Défendu par Gisèle Halimi, leur combat en justice verra trois ans plus tard l’adoption de la loi IVG,  instiguée par Simone Veil.

Ce samedi matin, tout est réuni pour que la flash-mob se passe sans encombre. Le soleil est radieux. Diverses associations, à l’instar de Femmes solidaires, ont pris part à l’événement.Véronique Decker, directrice de l’Ecole Marie Curie à Bobigny, est l’une des organisatrices du flash-mob. Femme engagée, elle est de tous les combats. Elle était en première ligne le jour de la manifestation pour Melisa, 8 ans retrouvée morte dans l’incendie d’un camp Roms à Bobigny au mois de février dernier.

C’est sur un classique, le Boléro de Ravel, que le flash-mob se dessine, en signe de solidarité aux femmes espagnoles et à la polémique sur le droit à l’IVG dans leur pays. Pour Véronique Decker, « cette musique est solennelle, elle laisse penser que les reculs sur les droits des femmes sont des reculs qui sont graves, car quand l’avortement est interdit, cela n’empêche pas les femmes d’avorter, ça les empêche plutôt de rester vivantes. Avant la loi autorisant l’avortement, les femmes en France avortaient dans les arrières-cuisines avec des aiguilles à tricoter. Une sur deux se retrouvait stérile, d’autres mouraient. Quand quelqu’un ne veut pas d’un enfant, ça n’est une bonne chose pour personne que cet enfant naisse, ni pour lui et ni pour sa mère ». Pour elle, le 8 mars représente une journée de lutte.

IMG_20140308_104253« Veil à tes droits »,  « Mon corps est à moi », « Non au retour de la morale patriarcale » ou encore « Dans le monde, toutes les neuf minutes, une femme meurt d’un avortement illégal dangereux ». Voilà les slogans que l’on peut lire sur les panneaux accompagnant ce flash-mob. Parmi la foule présente, une majorité de femmes, mais aussi pas mal d’hommes, comme Mohamed, père de famille. Il était inimaginable pour lui de ne pas être là aujourd’hui. « En France, ce qui me choque c’est que la femme est cantonnée de plus en plus à un rôle qui est de subir et non pas de choisir. Ça ne se passe pas seulement en France, mais dans d’autres pays. La femme est considérée comme un objet dit sexuel ou de soumission à la famille ou aux enfants, alors que nous vivons dans une société dans laquelle la femme devrait prendre de plus en plus d’importance. Il est primordial de lui donner sa place et de ne pas la mettre sur le côté. On va dans de l’intransigeance aujourd’hui, on renforce la position des extrêmes, et on dit de plus en plus que la femme abuse puis que la femme a trop de droits et qu’il faut revenir sur les côtés traditionnels. Le retour au traditionalisme  me fait peur », affirme-t-il.

La chorégraphe du flash-mob, Mpovma Cynthia conclut : « Cette matinée s’est plutôt bien passée. C’était super, des hommes et des femmes se sont bien investis dans la chorégraphie. Ils ont joué le jeu, il y a eu des sourires, des applaudissements ». Dans un esprit bon enfant, cette journée des droits de la femme a permis de rappeler que les combats pour l’égalité homme-femme restent nombreux à mener, notamment au niveau de l’inégalité salariale.

Hana Ferroudj

Articles liés

  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026
  • Peut-on encore aimer cette Coupe du monde ?

    Passionnés de football, ils ont grandi au rythme des Coupes du monde et des exploits de leur sélection. Mais cette édition les place face à un dilemme : continuer à vibrer pour leur équipe ou prendre leurs distances avec une compétition débordée par les enjeux politiques, économiques et sociaux. Entre boycott, culpabilité et plaisir contrarié, ils racontent leurs tiraillements.

    Par Aya Alkhiyari
    Le 14/07/2026