Madame M., qui souhaite garder l’anonymat, a déménagé de sa barre d’immeuble de Bondy Nord, avenue Jean Moulin, après la destruction de celle-ci dans le cadre d’un plan de restructuration visant à améliorer l’habitat dans la partie de la ville la plus désœuvrée. Malgré la mauvaise réputation de Bondy Nord, madame M. n’a pas accueilli l’annonce de son relogement avec joie, bien au contraire : « Lorsque l’on m’a annoncé la nouvelle, j’ai été prise de panique, j’avais plein de questions en tête, mais surtout je me suis demandé où est-ce que j’allais vivre. »

Un immeuble détruit c’est tirer un trait sur des habitudes de vie bien ancrées. Même si ce bâtiment, vieux de 50 ans, devait être démoli dans le but d’une réorganisation urbaine, censée améliorer la vie des riverains,  il reste que  pour certains locataires, la chute de l’immeuble est celle d’une grande histoire, celle  de leur vie personnelle, des relations avec le voisinage et les commerçants. « Cette nouvelle a été difficile à digérer», affirme madame M.

Aujourd’hui, son nouveau logement est toujours situé à Bondy Nord. Elle n’a pas profité de l’occasion pour emménager dans une autre ville, ni même dans la partie la plus convoitée de la localité, Bondy Sud, malgré les possibilités qui lui ont été offertes. Pour elle, ce n’était même pas pensable. Son attachement à ce quartier, à ses repères, les liens sociaux qu’elle y a entretenus,  sont trop précieux pour cette dame de 50 ans. Rien ne devait changer, au point que son nouveau chez-soi a gardé l’âme de son ancien appartement, l’agencement des meubles et la  décoration sont restés les mêmes.

Même discours pour  Monsieur Roger et sa femme, des Bondynois pur jus, vivant à Bondy Nord depuis 42 ans, dont 35 dans un appartement de la « barre » de Jean Moulin, désormais poussière : « Qu’est-ce qu’on était bien dans cet appartement ! », raconte le mari. « Le voisinage était bien, il y avait du respect, de la confiance entre nous, par exemple lorsque mon voisin partait en vacances , il me laissait la clef de sa maison, je lui ramassais son courrier, m’occupais de son poisson rouge… »

Toutefois, monsieur Roger avoue que lui et sa compagne avaient l’intention de déménager : « En 35 ans, il y a eu beaucoup de départs et du même coup de nouveaux locataires. Nous avons vu du changement s’opérer au fur et à mesure du temps. Les mentalités n’étaient plus les mêmes, les gens n’étaient plus les mêmes », rapporte-t-il. « Du coup lorsque nous avons su que le bâtiment allait être détruit, c’était l’occasion pour nous, un peu le cœur serré, d’orienter notre demande de logement vers Bondy Sud. »

Désormais, le couple vit à Bondy Sud, proche du bucolique parc de la Mare à la veuve, au milieu des pavillons du quartier le mieux loti de la ville.  Mais souvent ils partent « se ressourcer » à Bondy Nord. Leur emménagement s’est déroulé dans une certaine appréhension du fait de la rapidité de celui-ci.  Mais aussi, confie le couple, à cause de la « froideur » de l’accueil réservé par les sudistes, qui ont toujours vu Bondy Nord comme le quartier chaud de la ville.

La  barre de l’avenue Jean Moulin accueillait 270 locataires. En mars 2011, toutes leurs habitations ont été détruites. Des offres de relogement leur ont été faites à tous. L’occasion rêvée de quitter un endroit entouré de tours et éloigné des principaux transports en commun. Mais la plupart a choisi de vivre dans son quartier d’origine, celui  de tous les natifs bondynois : Bondy Nord où est implantée la maternité.

Charaf Abdelli

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