Je ne vous connais pas encore et pourtant j’ai l’impression de vous connaître déjà un peu. Dans le train qui m’a amené ici, j’ai lu (et souvent relu) tout le blog, commentaires compris. J’ai pas calculé, mais ça doit bien faire 200’000 signes. Deux mois entiers que l’Hebdo est là, que vous l’accueillez. Il y a vos photos, il y a vos noms. Ou vos prénoms. Ou vos pseudos. Une vie, des vies!

A la vérité, j’aurais voulu venir plus tôt. J’étais en Turquie quand les voitures brûlaient ici. A voir les gros symboles « brasiers » sur la carte météo des banlieues, les gars du Bosphore, branchés sur CNN imaginaient que la France tout entière étaient en flamme. Les Turcs me disaient « c’est la guerre civile chez toi! ». Presque chez moi. Près de chez moi. A Noël, la discussion a repris à la maison. Comme chaque année, la moitié française de ma famille – les tontons, les tatas et la smala – est venue allumer le sapin en Suisse. Et cette année, mon cousin Thomas et sa compagne Lamia nous ont amené leur nouveau-né, Jibril deux mois. Discussions à bâtons rompus sur la banlieue entre le bœuf et l’âne gris.

Concrètement mes premiers pas à la gare de Bondy se sont très bien passés. Juste avant de descendre les marches vers la sortie, un homme m’a souri et m’a tenu la porte parce que je portais une valise. « Merci M’sieur! ». « Pas d’quoi M’sieur! ». Puis devant la place de la gare, j’ai attendu un peu Michel Audétat, à qui je succède ici, j’ai allumé une clope, le temps de voir pour la première fois Bondy en 3D. Un petit creux (le TGV c’était tambouille à grande vitesse) et je me suis retourné vers le marchand de fruits et légumes à l’entrée de la gare. Mais avec ce froid, pas trop envie de litchis de Madagascar, ni de mandarines espagnoles, pas plus de tomates hors sol. Un RER et un coca plus tard, une foule s’est engouffrée vers les quais, la France black beur, tandis que le blanc franchissait la ligne d’arrivée sur deux roues. Michel (l’autre) a fait vite.

Il a d’abord beaucoup tenu à me prendre une photo devant la gare sur l’argument que « Alain Rebetez en a bien pris une de moi au même endroit ». Il faut bien qu’une tradition commence quelque part. Puis Michel m’a dit « c’est par là ». Quelques centaines de mètres plus loin, il a dit: « ou peut-être à gauche, non! à droite! bah! Allons par là ». Tour de ville improvisé. Sans plan, pas facile de se repérer et Bondy ne publie pas de plan. Voici, l’Eglise où nous croisons Mohammed, un peu par hasard, à la sortie d’un enterrement; voici la mairie voisine, plus colossale, et enfin Paolo, notre photographe qui rentre de vadrouille. En route vers le local.

A un bloc de l’entrée, nous essuyons un jet de cailloux d’abord petits, puis une pierre grosse comme le poing manque de nous atteindre. Nous hâtons le pas. A l’intérieur, Camel est là, souriant. L’affaire de la lapidation improvisée trouvera un dénouement heureux que je relaterai demain. Car il est déjà tard. J’ai assisté ce soir à un match amical du Racing Club Blanqui, revu Reda et d’autres amis de ce blog, fait un détour avec Mimi (Mohammed) jusqu’à Gournay sur Marne pour raccompagner Titi qui jouait aussi ce soir. Il est 1h30 du mat’, alors je m’arrête là pour l’instant. Bonjour ou plutôt bonne nuit Bondy!

Michel Beuret

Michel Beuret

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