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Au détour d’un bistrot de Saint-Germain, à Paris, nous avons rencontré le Docteur Bruno Salazard. Chirurgien plasticien, il se bat avec l’ONG HumaniTerra pour former des chirurgiens dans les pays émergents.

Sa première mission, le Docteur Salazard s’en souvient comme si c’était hier. Il l’a accomplie au Bangladesh… « C’était particulier, on opérait sur des bateaux, pour autant on a un peu formé les infirmières sur place. Très vite, j’ai dit qu’il fallait créer un programme pour former les médecins ».

Bruno Salazard s’est très tôt intéressé à l’humanitaire. Lors de sa deuxième année de médecine, un voyage organisé avec SOS Racisme à Kouto, en Côte d’Ivoire, le plonge durant deux mois dans un univers de précarité et de pénurie médicale. Il s’est formé par la suite en chirurgie plastique et pédiatrique. Loin d’une esthétique de confort, ce toubib qui n’a pas sa langue dans sa poche, reconstruit des mains à partir d’orteils. Il répare également des malformations de l’enfant. Entre deux taffes de cigarette, il nous confie comment il a claqué sans regret la porte de l’hôpital public pour rejoindre le gang des médecins libéraux. Il travaille aujourd’hui dans l’hôpital semi-privé Saint-Joseph, à Marseille. « En France, il n’y a que douze chirurgiens spécialisés dans la microchirurgie de la main de l’enfant », nous révèle-t-il en abordant son parcours. C’est donc une discipline rare qu’il a embrassée.

Du bistouri du public au laser entrepreneurial

À le rencontrer, tellement humble, on ne croirait pas que Bruno Salazard a le temps d’exercer plusieurs professions. Et pourtant… « J’ai créé il y a quelques années un centre de laser, où les équipes sont formidables », nous livre-t-il. Un médecin libéral qui ne travaille pas sans s’arrêter une semaine ne connaît pas de congés payés. Le personnel soignant qui part avec HumaniTerra est donc bénévole. Le chirurgien a trouvé avec cette casquette entrepreneuriale un moyen de pouvoir gérer pro-bono son action humanitaire.

« Entre le progrès de la médecine et le désert médical, on ne sait plus s’adapter »

« Certains pays manquent de chirurgiens » dénonce le médecin. Dans ces cas-là, l’ONG trouve des astuces pour pallier aux premières nécessités médicales. « Au Cambodge, dans un hôpital qui n’a pas de chirurgien, on forme un médecin pour faire le minimum des actes chirurgicaux vitaux », raconte Bruno, avec une simplicité qui l’honore. Dans notre pays tellement axé sur les services hospitaliers et leurs spécialités, il semblerait inconcevable que qui que ce soit d’autre qu’un médecin puisse toucher un scalpel. Pourtant, dans l’absence de professionnels formés, il faut bien guérir les populations.

En 2015, la Commission de chirurgie mondiale réunie par le journal The Lancet a fait état d’un rapport accablant. Elle dévoile que 5 milliards d’individus dans le monde n’ont pas accès aux soins chirurgicaux, ni à l’anesthésie quand c’est nécessaire. Le médecin nous explique : « On s’est beaucoup occupé des épidémies mais peu de la chirurgie rudimentaire ». Les pathologies à l’origine de ces drames semblent souvent aberrantes à nos sociétés à la pointe médicale. De la facture ouverte en passant par les appendicites non opérées en urgence jusqu’aux cas de femmes ne pouvant accoucher à l’hôpital, certains pays révèlent un criant désert médical. L’une des catastrophes de cette absence de soins chez les jeunes mères, ce sont les fistules. Il s’agit d’une mutilation génitale liée à un accouchement difficile. Elle entraine souvent l’incontinence et à cause de cet handicap, une exclusion sociale en lien avec des croyances superstitieuses.

Pour éviter au maximum ce type de pathologies, notamment en Afrique, le chirurgien aimerait « pouvoir apprendre à des infirmières à effectuer des césariennes, pour éviter des drames ». Au mois de mars, au Cameroun, une femme éviscérée est morte à la porte de l’hôpital de Douala. Ses jumeaux n’ont pas pu être mis au monde à temps.

Composer avec le pays où il travaille ne relève pas seulement du matériel médical à disposition. Il peut s’agir aussi de composer avec la nature. « Au Bangladesh, les patients étaient conduits en ‘ambulance-fluviale’ au bateau hospitalier. Il y a beaucoup de zones immergées là-bas et il était essentiel de s’adapter ».

« Former du personnel médical sur place plutôt qu’opérer à la pelle ! »

HumaniTerra forme des médecins capables de prendre en charge les premières urgences auxquelles sont confrontés des pays émergents ou en guerre. C’est le cas en Afghanistan avec les brûlures. L’ONG a ouvert un centre pour les femmes brûlées. « La prévention est importante, nous avons monté une cellule spéciale ». Il y a des techniques difficiles à enseigner selon les moyens sanitaires comme les greffes de peau. Il lui paraît vital de pouvoir « former du personnel médical sur place plutôt que d’opérer à la pelle ! ». Certaines grosses ONG médicales amènent des blocs mobiles en mission, pour opérer 200 à 300 personnes sur un séjour. « Ce qui est vraiment difficile, c’est que lorsqu’on opère nous ne pouvons pas pratiquer toutes les opérations, à cause du suivi médical car nous ne sommes là que pour une période de temps limitée ». Bruno se rappelle à regret que lorsque « les chirurgiens voient passer des tumeurs, ils les enlèvent quand c’est possible », mais sans pouvoir assurer la chimiothérapie nécessaire.

« On essaye d’envoyer un humanitaire aguerri avec chaque chirurgien qui rejoint l’aventure », nous glisse cet homme à la barbe de trois jours et aux yeux rieurs. Pas question, chez HumaniTerra, d’envoyer des individus trop orgueilleux avec des syndromes de Dieu ! Lui est allé plusieurs fois en mission dans la bande de Gaza. Pudique, il aborde peu cette expérience, mais mentionne, tout en montrant une photo de mer, la beauté des lieux. À l’image de Bruno Salazard, pour être un médecin humain, il faut aimer la discrétion, parler avec l’humilité propre des âmes calmes. Observant et analysant, sans jamais faire son show…

Victoire Chevreul

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