J’aimerais bien lancer une association de quartier. Ça s’appellerait La famille du City. C’est un projet. On veut rencontrer le maire, la municipalité et dialoguer. Le premier projet serait la rénovation du terrain, on veut refaire le City. Organiser des événements, des tournois, promouvoir la jeunesse et la diversité culturelle dans les quartiers populaires. Par le sport et par l’éducation.
On y travaille, mais sommes au stade embryonnaire pour l’instant. Imaginez le message envoyé si cela venait à se concrétiser… Oui, les jeunes de quartier ont des choses à dire, oui les jeunes de quartier sont capables de faire des différences. Cela nous tient à cœur de le faire. Le City stade était un lieu de vie cosmopolite. Un lieu qui a beaucoup à dire de lui et qui de mieux que nous pour vous en parler.
Et pour toi, le City qu’est-ce que ça représente ?
« Je suis arrivé sur Blankok [Blanc-Mesnil] à 10-11 ans, affirme Kévin, 20 ans. J’étais d’Argenteuil (95) à la base. Pour moi le City était le lieu où tu devais prouver. Plus tu étais bon et plus tu jouais, tu étais reconnu, c’était comme être une star. Y’en a eu des histoires, des embrouilles pour des buts refusés, en plus les mecs sur le côté attendent leur tour et t’as pas envie d’être à leur place. Pour moi, c’était comme un grand stade, genre San Siro. Et vu que j’étais un chambreur, j’adore les insultes sur le côté. Les célébrations comme si on venait de gagner la Ligue des Champions, encore mieux que la Coupe du Monde. Je suis un diable quand il s’agit de foot, je suis plutôt Série A donc tout dans la tactique et le tirage de maillot, mais dans la vraie vie je suis un ange, ça tu le sais. Chaque match, c’était un derby entre nous. Maintenant, j’ai 20 ans, c’est toujours les mêmes têtes, même si ça joue moins souvent. »
« Le City est l’endroit où j’ai en quelque sorte appris à jouer au football, souligne Hamadou, 20 ans. Il a été construit quand nous étions jeunes, nous avons grandi avec lui et ça fait mal de le voir dans un tel état. Le City permettait de réunir tout le monde afin de passer un bon moment, telle une famille ».
Pour Mehdi, le prodige 20 ans : « Alors pour commencer, j’ai un léger souvenir de ce qu’il y avait avant le City, c’était un terrain vague sans importance. Puis avec la construction, c’est devenu un endroit de la cité très vivant où on s’amusait tous ensemble et où on faisait même des rencontres. C’est là-bas que j’y ai connu la plupart de mes amis actuels. Franchement pour ma part, la plupart de mes souvenirs d’adolescent je les ai eus là-bas. J’y jouais même au foot seul. Après au fur et à mesure que les années ont passé c’est devenu un endroit pas très propre, délaissé par la ville. En passant quelquefois devant je vois toujours des jeunes y jouer, mais le terrain est sale, il y a des trous partout. Ça serait bien que la ville puisse venir. Avoir un nouveau terrain pour que les jeunes puissent y jouer et éviter de faire autre chose de leurs journées, si tu vois ce que je veux dire… »
« Le City ça représente mon enfance, on sortait de l’école on allait direct au City, on avait faim de football, on voulait montrer ses qualités, c’est là que j’ai quasiment fait toutes les rencontres qui ont menés à une grande amitié par la suite avec la plupart d’entre eux ! Le City a même permis à Zinédine 17 ans, de déboucher sur ma carrière personnelle, c’est au City que j’ai découvert mes qualités de gardien de but et qui m’ont amené à devenir l’un des meilleurs gardiens en jeune, en club, malgré un commencement tardif ! On a progressé footballisitiquement, mais aussi humainement grâce au City !»
Kevin Makisongolua, Andy Makisongolua l’homme qui criait très fort, Miyal Trudon, Anis Drin, Améziane Ikenfer, Omar Agabi, Maurice Mendes, Said Benjhar, Lefils Endjombo, Marc-Henry et Benoit Bouzy, Karel Kumanda… tant de noms, tant d’existences et un seul même sentiment.
Pour Rédoine, 19 ans « Le City c’est là où j’ai appris à jouer au football, c’est là où j’ai développé des liens forts avec mes amis. Je garde un bon souvenir du city stade, et je pense que c’est grâce à ça que la plupart des mecs de notre team ne se sont pas barrés dans le côté obscur de la force ! C’est dommage, qu’on y joue plus, mais bon, on grandit et je pense que c’est la principale raison. De temps en temps on s’y retrouve, mais c’est vrai qu’il est dans un état assez mauvais, on se retrouve plutôt à Descartes, mais c’est loin. » Du côté de Soenen, 19 ans, « Le City représente une grande partie de ma jeunesse, j’y ai connu des gens très très forts au foot. Et c’est vraiment un gâchis de voir la jeunesse d’aujourd’hui délaisser le foot pour faire des conneries dehors au lieu de s’amuser comme nous quand on était plus jeune. »
Pour Joel, 20 ans « C’était l’endroit pour jouer au foot. Ça représente beaucoup pour moi parce qu’à un moment on y allait très souvent, voire tous les jours. On était tous là entre potes, donc un lieu de réunion, on passait des aprèms entiers là-bas. Après le fait qu’il soit à l’abandon c’est dommage surtout pour les petits. Je comprends avec l’évolution le terrain n’était plus d’actualité et il existe de meilleurs terrains. L’abandon c’est aussi dû au fait que les petits jouent moins au foot à l’époque actuelle, comparé à 4-5 ans auparavant. Refaire le City ? Ça serait le top, mais bon j’y crois pas trop. »
« Amitité, enfance, partage, amour du jeu, haine et guerre… se souvient Mody, 21 ans. Le City c’est une différence de culture, parfois il y avait des blédards qui venaient jouer. Ici on ne fait pas de différence, tout le monde rigole avec tout le monde. Quand je perdais, c’était la guerre donc c’était normal pour moi de repartir avec mon ballon, en plus. Vous là ! Vous êtes des voleurs de balle, je préfère rentrer chez moi, que vous laisser la mienne. Je me souviens aussi qu’il m’arrivait de sécher la classe foot pour venir jouer au City, c’était plus convivial. On y était tout le temps. Ils ne vont jamais le refaire. S’ils le refont, c’est un truc de ouf. »
Un jour j’ai lu que grâce au football, on refaisait l’histoire
Le City avait été construit dans les années 2000, se souvient Mala, un grand du quartier : « Début 2000, à l’époque du Samsung Z100, j’me souviens. J’étais encore au collège. Avant c’était un terrain vide avec des dunes. Pendant la construction j’avais demandé à un des mecs du chantier de dessiner un rond central, il n’avait pas voulu (rires) ».
Aujourd’hui Le City est à l’abandon maintenant il est délaissé par la ville, pourtant pendant les élections municipales ils avaient promis de le rénover. À l’abandon, à l’agonie… Voici comment l’on pourrait décrire le City stade des Tilleuls aujourd’hui. Des trous de partout, une pelouse arrachée, des barrières détruites… Pourtant un lieu si important socialement, car la réalité est celle-ci : un jeune en difficulté et j’insiste sur le terme « en difficulté » et tout ce qu’il englobe, s’il ne se tourne pas vers le sport, la tentation vers d’autres voies, peut-être grande.
Si tout n’est pas rose au City, tout ne l’est pas non plus dans la société. Je pourrais écrire une dizaine d’articles sur ce lieu magique tant il l’est… Un jour j’ai lu que grâce au football, on refaisait l’histoire. Entre rêves de minots et grandes désillusions, le ballon tourne en orbite au-dessus de la cruauté des hommes. Une belle époque sinon la plus belle.
Car certains voient en la banlieue un théâtre de délinquance. Comme un enfer. Un endroit sombre et éteint, sans avenir et voué à l’échec. Mais avec le City, on montre le contraire croyez-moi. On se bat pour notre team, pour ceux qui attendent sur le côté, pour ceux avec qui l’on partage, pour ceux autour de nous, pour celui avec qui l’on vit. Et c’est en se battant pour ces valeurs que nous avons grimpé hors de ce que la société prétend être un enfer. On guérit. Car ce simple terrain de jeux aura permis d’éviter bien des trajectoires désastreuses et de relever une jeunesse dorée du quartier vers le haut, vers la lumière du soleil d’été…
La vie, le football. La vie, le City. Et ce qui est dommage, c’est d’avoir perdu le City en grandissant, ce qui est dommage, c’est de nous l’avoir enlevé, mais ça fait partie de la vie devrais-je dire et c’est maintenant que je commence à le comprendre. Mais quel avenir pour le City ?
Jalalle Essalhi

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