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Rien sur Google Actualités, pas de reprise, et pourtant c’est vie singulière qui vient de s’achever, celle de Charles Palant, co-fondateur du MRAP et survivant de la déportation. Il s’est éteint le 26 février 2016, à l’âge de 93 ans…

Tout est dans son nom, à Charles Palant, ce P, ce L et ce T final. Visuellement, c’est droit. Droiture qui s’étend et s’entend jusqu’à sa voix, écoutez-le ici un instant, quinze minutes, c’est rien, goûtez ce verbe, cette verve, cette voix qui s’épand dans l’espace et nous remue, elle raconte sa vie, singulière, faite de luttes diverses, depuis son Belleville natal, où il a grandi avec « nombre d’immigrés, ils venaient offrir leurs bras à la reconstruction de la France victorieuse, à l’école communale » clame-t-il, « nous étions quarante élèves par classe, les fortes minorités d’enfants d’immigrés n’ont jamais été un obstacle ».

Moins médiatique qu’un Stéphane Hessel ou un Raymond Aubrac, tous deux disparus. Né en 1922, ce fils d’immigrés juifs polonais a été nommé délégué syndical à l’âge de quinze ans. Membre à l’époque de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICRA), il lutte contre cette idéologie qui n’avait de cesse de croître en France. Puis vient le temps de l’Occupation, il fuit Paris, mais il est arrêté à Lyon, en 1943, par la Gestapo. Il est déporté, lui et sa famille, à Auschwitz, il y survivra, revenant seul en France deux ans plus tard… A l’âge de 23 ans. Et dans son ouvrage Résister pour survivre (Editions Oskar, 2015) il aura cette phrase : « Les hommes sont la seule espèce vivante qui, au cœur de la nuit, ne cesse de croire au matin ».

Croire au matin, c’est ça, Charles Palant, lui qui après la pénombre des années noires, des années de guerre et de déportation, ne perdra jamais foi en ce matin. 1949, émergence d’un symbole, il participera à la création du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (MRAP), un mouvement dont il sera le secrétaire général durant vingt années successives, menant de front la bataille de l’antiracisme. Une expérience dont il a témoigné, aux plateaux des Glières, 2012, en marge du rassemblement « Paroles des Résistances », il prononcera ce discours, mémorable : « J’ai consacré ma vie à la dénonciation et au combat contre le racisme, contre tous les racismes, le racisme des imbéciles et des méchants le racisme de ceux qui en font leur fonds de commerce politique et électoral ». Nous rajouterons, avec un brin de malice, un fond de commerce médiatique, aussi, tant pullule la parole de ceux qui détournent « aujourd’hui sur les immigrés comme naguère sur les Juifs, les angoisses et la colère de trop de nos contemporains que l’injustice sociale accable » comme le clame si bien Charles Palant, de sa voix chevrotante, émue, mais calme…

Charles Palant, c’est aussi une histoire de la France, Front populaire, congés payés, la journée de quarante heures, il a vu tout ça naître. C’est aussi le programme du Conseil National de la Résistance, il a vécu la création de la sécurité sociale menée par Ambroise Croizat. Toute une histoire de luttes, toute une histoire de droits arrachés, obtenus à force de lutte. Comme un symbole que cet homme s’éteint aujourd’hui, en plein débat sur le détricotage du code du travail, de la libération du parole raciste assumée. Mais surtout l’émergence d’une résistance, nouvelle, d’un contre discours, inédit, comme nous l’avons vu avec ce hashstag #onvautmieuxqueça, né du rassemblement de plusieurs youtubeurs, un mouvement qui ne peut que faire écho aux paroles de Charles Palant, toujours aux plateaux des Glières : «  résistants d’hier, résistants d’aujourd’hui, à côté de ce monument à la gloire des combattants des plateaux des Glières que nous disent ces héros ? Ils nous disent nous ne sommes pas morts, nous vivons en vous qui poursuivez les luttes pour l’émancipation humaine… soyons fiers d’être des hommes ! »

On croit toujours au matin…

Ahmed Slama

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