Si les Maghrébins ont le couscous, les Alsaciens ont la choucroute. Un plat qui m’a fasciné depuis qu’il m’est apparu, de l’autre côté de la Méditerranée, à la télé. Je pensais, allez savoir pourquoi, que c’était un met composé de pâtes et de viande. Rien que d’y penser, j’étais « gai comme un Italien qui sait qu’il aura de l’amour et du vin ». Je demandais à ma maman de me le préparer. Elle faisait un plat qui ressemblait à l’idée que je me faisais de la choucroute.

On appelait ça « rechta » (nouilles algéroises à base de semoule, préparées dans un couscoussier), souvent nappé d’un bouillon comprenant des pommes de terre, des navets et des pois chiches, le tout parfumé à la cannelle. Accompagné de poulet et d’agneau, bien sûr. Bien que ce fût un délice, j’étais persuadé qu’il y avait tromperie sur la marchandise. Ça ne donnait pas comme dans le petit écran. Où était la merguez ? Et où était passé ce morceau de viande rose, si appétissant ? Je me suis alors promis de goûter à ce plat, si un jour l’occasion m’en était donnée.

Un jour en France, dans un restaurant, arrive le moment de vérité tant attendu. Oh la déception ! Je n’en croyais pas mes yeux. Sur la carte des menus, le mythe s’effondre d’un coup. C’est comme d’apprendre que le Père Noël n’existe pas. Non seulement la choucroute est composée de chou (j’ai horreur de ce légume, même si j’avale tout ce qui peut se présenter dans une assiette), mais surtout, toute cette viande, qui m’a tant fait saliver, c’est du porc ! Lard, jambon, saucisses de francfort…. Rien que je puisse engloutir, pas un même un petit chouïa que je puisse grignoter. Dans la préparation, il y a aussi de l’alcool, du Riesling et même, à ce qu’on dit, du schnaps. J’aurais pu transgresser comme avec le baba au rhum. Mais là…

Voyant que je faisais la gueule, mes amis me conseillent la choucroute de mer. Mais, dans ma perception, la choucroute au poisson et la choucroute traditionnelle, c’est comme une Renault Twingo face à une Mercedes Classe A. Ça n’a rien à voir. Paraît que celle à la mer on lui donne le nom d’ersatz. « Tu sais pas ce que tu rates », me dit l’un d’eux, avec un petit air narquois. Je ne relève pas, tout en espérant qu’il s’étouffe avec son chou et sa saucisse. Mais en moi, je suis tout frustré. Je suis programmé, au sujet du cochon. Je n’ai pas le cœur à mordre dedans. Peut-être dans une autre vie…

En sortant du restau, j’appelle ma mère : « Allo, maman, tu savais que la viande de la choucroute, c’est du porc ? Et tu m’as jamais rien dit ? – Tu manges du halouf maintenant ? Ha ! Maudis le diable et reviens à la raison ! – Mais non, c’était au restau et… – Viens voir ton fils, viens (elle appelle papa) ! » Ce n’est la peine de continuer à m’expliquer, le mal est fait.

Quelque temps plus tard, dans un grand magasin, au détour d’un rayon, je tombe sur une boite de conserve : « Dounia Halal : Choucroute garni aux pommes de terres ». Le porc a été remplacée par de la volaille et du bœuf. Mon avis sur ce produit : contourner les interdits alimentaires en tentant d’imiter l’original, c’est toujours un ratage. Je me fais tout le temps avoir par ces produits de substitutions. Je ne les regarderai plus.

Le temps est passé. La choucroute a cessé d’être pour moi une obsession. Jusqu’au 1er janvier de cette année. Les gens chez qui j’étais avaient décidé d’un commun accord de préparer une choucroute pur porc. Je n’ai pas boudé. Au contraire, j’étais ravi, car je me suis à nouveau régalé du repas de fête de la veille, tout à fait en rapport avec mes convictions. Comme dans Tintin, je suis leur prince Abdallah.

Malik Youssef

Le coin recette : Rechta.

Chorba Boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.

Ingrédients :
 500g de Rechta (nouilles algéroises), l’huile d’olive, Pour le bouillon : 1 poulet et/ou 500g de viande de mouton, 2 oignons, 2 cuillères à soupe de d’huile d’olive, 1 cuillère à soupe de beurre, 1 poignée de pois chiches trempé la veille, 1 pincée de poivre noir, 1 pincée de cannelle, 1 kg environ de navets, 2 où 3 pommes de terre, 1 cube de bouillon de volaille, sel.

Préparation :
 Couper le poulet et/ou la viande de mouton, en morceaux. Faites revenir ces derniers dans une marmite, avec l’huile d’olive, le beurre, l’oignon râpé, le poivre, la cannelle, et le sel. Mouiller avec un litre d’eau environ. Ajouter les pommes de terre coupées en morceaux ainsi que les pois chiches et le cube de bouillon de volaille. Porter à ébullition.

Avec les mains, enduire les nouilles d’un peu d’huile d’olive. Les disposer dans un couscoussier. Les faire cuire à la vapeur, au dessus du bouillon qui mijote. Au bout de 5 à 10 minutes de cuisson, verser les nouilles dans une terrine. Arroser d’un peu d’eau. Mélanger délicatement comme pour un couscous et laisser reposer quelques minutes.

Remettre cuire les nouilles une deuxième fois à la vapeur, pendant 5 à 10 minutes.
Retirer à nouveau, et arrosez une deuxième fois d’eau, mélanger et laisser reposer. Si les pates ne vous semble pas cuites, les remettre à cuire à nouveau. Retirer du haut de la marmite, les verser dans la terrine, les mélanger, laisser reposer quelques instants. Enduisez les pâtes d’huile d’olive où de beurre. Réserver.

Une fois le poulet bien cuit, le retirer. Plongez les navets épluchés et coupés en morceaux, dans le bouillon. Laisser cuire.

Quand les légumes sont cuits, servir ces nouilles arrosée de bouillon et garnie de poulet et/ou de viande de mouton, de navets, de pommes de terre et de pois chiches. 

Bon appétit !

Malik Youssef

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