Après avoir pris une balle perdue lors d’un règlement de compte, Massina a perdu l’usage de ses jambes. Il vit à l’Abreuvoir, à Bobigny, au cinquième étage, dans un immeuble sans ascenseur.  Ses demandes répétées de relogement sont restées lettre morte.

Le 23 septembre 2012, les habitants de la cité de l’Abreuvoir à Bobigny entendent des tirs d’arme de guerre. Ce jour maudit, un homme est sorti d’une voiture, kalachnikov à la main pour mitrailler un groupe de jeunes. Règlement de compte entre gros caïds ? Trafic de drogue ? Pensez donc :  « Toute cette affaire semble être partie d’une gifle infligée à une jeune femme de la cité du Chemin-Vert par un habitant de la cité de l’Abreuvoir », relate une source proche de l’affaire, qui s’est confiée au Parisien en juillet dernier.

Un AK 47, c’est 650 balles de la taille d’un Stabilo crachées toutes les minutes et propulsées à la vitesse du son multipliée par deux. Une gifle et quelques heures plus tard, cinq gamins s’écroulent sur le bitume. Massina, 18 ans, fait partie des victimes. Il ne se relèvera plus : il a perdu l’usage de ses jambes. Cruelle injustice : il voulait être éducateur sportif et il n’a giflé personne.

Le drame a eu lieu il y a déjà un an. Après la colère des habitants, les marches de soutien, les deux-trois lignes dans la presse, la vie continue. Rencontré en bas de son immeuble, Massina roule sur les rues bosselés de l’Abreuvoir dans un fauteuil roulant obtenu grâce à la générosité d’une veuve. Son époux, au crépuscule de sa vie, n’était plus capable de marcher, alors autant que l’appareil serve aux vivants qui en ont besoin. C’est que Massina vit dans un quartier populaire, où les revenus sont modestes, des coins où il n’y a pas de petites économies. Malheureusement, son fauteuil ne sert à rien dans un escalier. Son appartement est situé au cinquième étage d’un immeuble sans ascenseur.

Un an que Massina et sa famille demandent a être relogés, soit au RDC soit dans un immeuble équipé du Graal. Ces suppliques sont restées lettre morte pour l’instant. Pourtant ce jeune homme lucide et plein de courage n’éprouve aucune colère quand il évoque son drame. « C’est le destin, confie-t-il, on ne peut pas revenir en arrière, il faut accepter les épreuves de la vie. Mais nous reloger, vue ma situation me parait être dans l’ordre du possible, rajoute-t-il. « Je connais des gens dans un immeuble à côté qui se sont faits cambriolés. Ils ont demandé à être relogés. En 10 jours l’affaire était réglée ».

Qu’est-ce qui empêche l’ OPHLM 93 (l’office public de l’Habitat Seine-Saint-Denis) de reloger cette famille marquée par les épreuves de la vie ? Massina n’en sait absolument rien. Quand la famille et des amis se sont plaints de la situation à la mairie de Bobigny, dirigée par le Parti communiste, un élu leur a rétorqué, selon les confidences d’un proche de Massina : « pour les HLM  demandez aux socialistes ». L’office est en effet dirigé par Stéphane Troussel, élu PS et président du Conseil général du département, mais quel rapport avec la choucroute ? Massina ne veut pas une carte de parti, il demande juste un logement viable.

En attendant, comment fait-t-il pour monter les cinq étages de son immeuble ? Pudique, il dit que ses amis sont mis à contribution quand il veut sortir ou rentrer chez lui. L’un de ses proches affirme sur le ton de la confidence, « parfois c’est sa mère qui le porte sur son dos ». Massina pèse 75 kilos sans le fauteuil.

Idir Hocini

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