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Comment avez-vous réagi en visionnant la vidéo de l’interpellation de Lamine Ba, mercredi à Sevran ?

Clémentine Autain : Ma première réaction, c’est celle de la majeure partie des gens qui regardent cette vidéo : je suis choquée. Ensuite, il y a un deuxième niveau : l’élue de Seine-Saint-Denis en a sa claque de devoir parler de Sevran et de nos villes de façon très négative, sous le prisme de cette violence. Quand je vois les images en boucle depuis hier, je suis en colère. Et puis, j’ai un troisième niveau de réaction qui touche à la détérioration profonde des relations entre la police et une partie de la population. Je vois les dégradations et je ne vois pas arriver les solutions. Ce climat de tension est récurrent. Les violences policières impunies, le récépissé sur les contrôles d’identité au faciès refusé par le gouvernement, d’un côté ; et de l’autre, des policiers qui travaillent dans des conditions très difficiles dans le département. Un cercle infernal s’est enclenché, où l’on assiste parfois à des scènes entre deux bandes. On a une situation d’immense souffrance.

Le directeur général de la police nationale a refusé de suspendre le policier incriminé, comme le lui ordonnait pourtant le préfet de police. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 

C’est inédit et étrange. Avec les images, ce qui ressort, c’est que la technique d’interpellation ne semble pas respecter les règles en vigueur aujourd’hui, l’exigence de proportionnalité d’usage de la force. Le policier n’est pas menacé ou assailli par un groupe, il est seul face au médiateur de la ville. C’est difficilement compréhensible, dans ce cas de figure, que le DGPN ne suive pas la recommandation du préfet de police et que le parquet décide de ne pas poursuivre. Quels sont les éléments qui étayent cette décision ? La question mérite d’être posée et suivie avec attention.

Appelez-vous à des sanctions contre le policier ?

Je n’ai pas tous les éléments en ma possession, les vidéos ne couvrent pas l’intégralité de la scène.

Pour apaiser les relations, c’est évident qu’il ne faut pas laisser impunies les violences policières car c’est générateur de défiance à l’égard des policiers. S’il est confirmé que le policier a enfreint les règles d’interpellation, il faut des sanctions. Par ailleurs, j’ai entendu ici et là l’idée que le quartier serait très agité depuis. D’après ce que je sais, c’est le calme qui prédomine. Il y a de la colère et de l’inquiétude mais qui ne se manifeste pas par de la violence. En revanche, pour qu’il y ait le calme de façon durable, il faut qu’il y ait la justice. C’est indispensable.

Mais il faut surtout des solutions au long-cours. Pour sortir de là, l’Etat doit prendre la mesure du problème. Il faut repenser les conditions d’exercice de la police, pour que son action apaise véritablement. Pour cela, les policiers doivent aussi avoir des moyens décents pour faire leur travail en Seine-Saint-Denis. Ces personnels exercent dans une situation très difficile, avec une souffrance qui constitue parfois le quotidien. La hausse des suicides dans cette profession doit nous alarmer. Ma conviction est qu’il faut créer les conditions d’une désescalade de l’agressivité, de la méfiance et de la violence. Enfin, et cela fait partie de la réponse, il faut remettre la question de l’égalité au cœur des politiques publiques dans notre département.

Propos recueillis par Ilyes RAMDANI

Crédit photo : Capture d’écran Youtube/Le Parisien

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