À l’occasion du week-end du Jury du prix Stop aux Clichés sur les jeunes dans les médias, j’ai été ainsi amenée à me poser cette question. Portée par cinq associations : l’Anacej, Animafac, le collectif Arrêtez de nous mettre dans vos cases !, Jets d’encre et le Réseau national des Juniors Associations, cette initiative avait pour but de redorer le regard porté sur les jeunes…en luttant contre les clichés. Quelques rappels de sémantique : le cliché est une idée ou une formule, le stéréotype est un ensemble d’images, le préjugé est un sentiment et la discrimination est un acte.
Pour rappel, la loi comptabilise dix-huit discriminations, bien que la discrimination sociale ne soit pas encore reconnue. Le journaliste Philippe Merlant et une enseignante en linguistique, Dominique Godin, ont coordonné la première journée de manière pertinente et juste en essayant de se mettre à notre place. Ils nous ont aidés à comprendre ce qui définissait le mot « cliché ». Nous avons donc passé la journée autour de débats et d’objections parfois très marquées sur les différents supports journalistiques proposés. La sélection a été difficile étant donné les échanges, très vifs.
« Les jeunes sont inactifs »
Dommage pour les énonciateurs de ce cliché : les jeunes sont biens actifs et agissent pour de bonnes causes ! Rien de mieux que de leur donner la parole pour se défendre. Mais les journalistes arrivent-ils à répondre à cette demande ? Très peu d’entre eux… L’envie de passer à un autre type de contenu télévisé s’est fortement ressentie lors des débats, d’ailleurs. Fait notable : cela fait deux ans que les membres du jury ne décernent aucun prix à cette catégorie. Les médias changent mais leurs contenus, pas assez. Un point de vue conforté par la récente étude de l’Ina Enfance et jeunesse dans les JT : « Si la télévision s’alarme du désintérêt des jeunes à son égard, elle remet peu en question le miroir qu’elle leur tend et les grands traits d’un discours devenu routinier ».
Pour concrétiser ces échanges, mardi 6 octobre a été la journée de remise des prix dans les locaux de Sorbonne Nouvelle. L’objectif était de récompenser les sujets journalistiques qui offrent un regard honnête et non biaisé sur la jeunesse. Le président, Carle Bonafous-Murat ouvre par un discours d’ensemble. S’ensuit comme pour prolonger le week-end, un débat autour de la question centrale « L’image des jeunes dans les médias : clichés vs réalité ? ». Farida Taher, journaliste à France culture, commence par demander tous les préjugés concernant les jeunes. Réponses : les jeunes sont « brouillons », « moins cultivés », « font plus de fautes d’orthographes que leurs aînés », sont « paresseux », « accro à leur smartphone » et j’en passe. Petit rire moqueur des « aînés » présents qui se reconnaissent dans ces propos. La journaliste rappelle que ce n’est pas que dans les médias mais aussi dans les séries, au cinéma ou encore dans la musique que les jeunes sont touchés. Cependant, un poncif collé à un jeune n’est pas automatiquement le même pour tous.
« Les vieux médias ressemblent d’abord à leur rédaction »
La problématique portant sur le rapport des médias à la jeunesse s’est vite transformée en une question sur la symbolique de la jeunesse. On oublie souvent qu’il existe plusieurs catégories de jeunes. L’une des voix de la table ronde, Mathilde Nouri étudiante à Paris 3 et vice-présidente de l’unef, a pris longuement la parole pour défendre son idée d’un « statut » de jeune. Un élément l’offusque d’ailleurs au plus haut point : « le complexe de supériorité des aînés ». « Tu ne peux pas savoir parce que tu es étudiante » est l’excuse la plus répandue entre l’administration et les jeunes par exemple. Elle continue en soulevant le problème de l’abstention tout en répétant sans cesse que « sa voix et celle des autres ne sont pas écoutés ».
« Comment voulez-vous que nous nous fassions une place à partir du moment où les clichés sont enracinés ? ». Les jeunes savent pour certains qu’ils perdent leur crédibilité face à ces fausses idées. C’est peut-être en faisant un effort commun qu’ils arriveront à les dissiper. L’une des membres du jury a clôturé la rencontre en demandant aux journalistes présents de participer. Elliot Lepers, journaliste et réalisateur de Stains Beau Pays*, un documentaire réalisé dans une classe de collège, évoque le culte de la jeunesse. Selon lui, à partir du moment où tu fais partie du monde du travail, tu n’es plus considéré comme étant un « jeune ».
« Ce qui serait intéressant, c’est de regarder ailleurs » lance-t-il pour orienter la discussion sur le numérique. Formé au digital marketing avant de devenir journaliste de profession, son rapport au numérique est considérable et dans l’ère du temps. Une expérience qui lui a permis d’aboutir à cette question « doit-on attendre que les médias traditionnels évoluent ? ». Sylvia Zappi , du journal Le Monde, signale que la jeunesse a toujours été le berceau de clichés fondés sur des idées reçues. « Les vieux médias ressemblent d’abord à leur rédaction ». « C’est très blanc et très vieux » finit-elle par dire.
Gouja Yousra
Le prix de la radio a été décerné à Sandy Dauphin, pour son reportage Des jeunes qui s’engagent au service des autres, diffusé dans le 7/9 de France Inter le 18 novembre 2014.
Sylvia Zappi a remporté le prix de la presse papier pour son article Discrimination : Grigny sur un CV, « c’est plus compliqué », publié le 17 janvier 2014 dans le journal Le Monde.
L’article Les jeunes célèbrent l’Europe à Strasbourg, de Jean François Gérard, publié le 15 mai 2014, sur Le Huffington Post a, quant à lui été primé dans la catégorie Presse en ligne.
Un Prix Spécial du Jury, a était décerné à Elliot Lepers et Simon Bouisson pour leur web-documentaire Stainsbeaupays.
 

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