La clinique Michelet, à Bondy, n’héberge plus de malades. Elle a été reconvertie en foyer d’accueil. Aujourd’hui, une cinquantaine de familles issues majoritairement d’Afrique noire, et pour la plupart sans papiers, y logent. Ginette (prénom fictif) m’accueille dans sa chambre pour m’expliquer ce qui se passe. La pièce où elle vit, qu’elle partage avec deux autres personnes, est minuscule. Le loyer dépasse les 500 euros par mois. Le coin douche et la cuisine sont communs pour tous les résidents de la clinique. Ginette est formelle: « Ce que je loue n’est pas du tout aux normes, mais comme bon nombre des habitants du bâtiment, je suis sans papiers. Il est donc impossible pour moi de me plaindre. » C’est ça ou la rue. Le propriétaire se débrouille pour ajouter régulièrement des chambres à la cinquantaine existante. Les anciennes salles d’opération, de réveil, de radiographie ont été transformées en dortoirs. Le bouche à oreille a fait son œuvre: le lieu abrite 148 résidents. Le propriétaire (un ancien médecin), la mairie et la police sont au courant de cette situation.

Plane la menace de l’expulsion. La mairie souhaite en effet récupérer la clinique. Elle a proposé aux habitants de les reloger, mais cette offre est bien évidemment réservée aux personnes ayant des documents en règles. Une association s’est créée tout exprès pour tenter d’obtenir des papiers pour tous. Elle est en discussions avec la municipalité. La mairie et le propriétaire sont quant à eux en conflit devant la justice. Le propriétaire, qui ne veut pas être exproprié, a perdu. Il a fait appel. Le second jugement tombera dans les prochains mois. A supposer qu’il confirme le premier, l’évacuation de la clinique sera alors inévitable. Dans les escaliers, une dame m’interpelle: « Regardez, les alarmes incendie ne fonctionnent pas, c’est très dangereux, et les extincteurs sont là pour décorer. Je fais partie de ceux qui ont des papiers, mais je ne pense pas que je recevrai un logement de la mairie. »

En sortant de l’entretien avec Ginette, je vais trouver le propriétaire. Il habite juste à coté de la clinique et accepte de me parler. Sa version des faits. « La mairie a essayé de monter les habitants de la clinique contre moi en me faisant passer pour un marchand de sommeil. Lorsque la clinique a cessé ses activités, il était dommage de laisser des locaux vides. J’en ai donc fait des chambres. » Nous lui demandons ensuite combien il y a de chambres et quel est le montant des locations. Il se perd alors en longues explications qui ne répondent pas à ma question. « Chaque année, cette clinique me fait perdre 30 000 euros, indique-t-il. Si les habitants en partaient, ça m’arrangerait beaucoup. Tous ceux qui logent ici avaient des papiers en règles lorsqu’ils ont souscrit le bail. » Autrement dit, la clinique n’abriterait aucun clandestin. Le propriétaire met en cause la mairie: « Elle ne veut pas d’étranger dans ce quartier de la ville, c’est pour ça qu’elle veut récupérer la clinique. »

Je rencontre le maire de Bondy, Gilbert Roger. « Les activités de soins de la clinique Michelet ont cessé à la fin de l’année 2000, explique-t-il. Le propriétaire d’aujourd’hui est en fait médecin. Il posséderait plusieurs cliniques. Bien que les plans d’occupation des sols ne soient pas du tout conformes, il a ouvert à cet endroit un centre d’hébergement sauvage. » Le maire me montre des documents intéressants, notamment une note du propriétaire à ses locataires : « Si les loyers ne sont pas payés avant le 15 décembre (2007), dès le 16 au matin le courant sera supprimé (…), dit la note. Les chèques à encaisser plus tard sont interdits, et les chèques sans provisions entraînent une pénalité de 20 euros, et bien entendu, les dettes sont à régler avec des intérêts (…) Chacun d’entre vous à intérêt à ce que nous puissions continuer à vous loger. (…) Je remercie tous ceux et ils sont nombreux qui ont compris que nous sommes tous solidaires. » Le propriétaire aurait déposé des demandes d’expulsion contre les mauvais payeurs.

Après Cachan et Aubervilliers, le tour de Bondy semble arrivé.

Chou Sin

Chou Sin

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