La fin du mois de septembre approche et le football amateur de niveau départemental n’a toujours pas fait sa rentrée. En cause : une action menée par le District local pour protester contre des pouvoirs publics à qui il réclame 300 000 euros pour déménager de son siège vétuste du Blanc-Mesnil.

Il ne fallait pas chercher, ce dimanche, la rencontre entre l’OFC Pantin et le Stade de l’Est de Pavillons-sous-Bois, pas plus que les 550 autres matches prévus ce week-end là à l’échelon départemental du football amateur local. Comme la semaine précédente, et comme la semaine à venir – sauf improbable retournement de situation -, le District de football local a décidé d’annuler l’ensemble des compétitions prévues dans le département. L’énième rebondissement d’un bras de fer entre les pouvoirs politiques locaux, Conseil départemental en tête, et l’instance qui régit le football dans le 93.

En toile de fond, le déménagement du District de Seine-Saint-Denis, émanation locale de la Fédération française de football. Aujourd’hui, les salariés locaux de la FFF gèrent les 37 000 licenciés du département depuis un pavillon un peu vieillot, franchement vétuste, du Blanc-Mesnil, dont l’état de délabrement est devenu insupportable à en croire leur président, Nasser Gammoudi. « Au siège, nos salariés et nos licenciés sont en danger », confiait-il au Parisien mardi. « Il y a des fuites partout, nous avons des coupures Internet… On ne va plus pouvoir y travailler, c’est une évidence ».  Fin 2015, une solution est trouvée : un bâtiment autrement plus moderne est trouvé à La Courneuve et un déménagement est imaginé, moyennant 1,8 million d’euros. Un montage est essentiellement échafaudé avec les fonds de partenaires privés, un financement de la Fédération et le montant de la vente du pavillon du Blanc-Mesnil… Problème : seulement 1,5 million d’euros est trouvé. Reste donc 300 000 euros que Nasser Gammoudi espère mobiliser en faisant appel au Conseil départemental. L’ancien président du club de Sevran assure que Claude Bartolone, ancien président de la Seine-Saint-Denis et candidat battu aux élections régionales en Ile-de-France en mars dernier, lui a promis de trouver cette somme.

Deux journées de match déjà annulées

Mais les mois passent et les 300 000 euros manquent toujours à l’appel. Mi-juillet, le président du District lance un appel dans Le Parisien : si la somme n’est pas trouvée à la rentrée, il ne ferait pas démarrer les championnats départementaux. Fin août, puis début septembre, la menace est mise à exécution. Deux journées ont déjà été annulées. Réunis en assemblée il y a quelques jours, les clubs séquano-dyonisiens ont massivement choisi de soutenir l’action de leur District. « L’état du siège du District est déplorable et ça devient dangereux pour tous ceux qui s’y rendent, justifie Abdelaz Kaddour, directeur sportif du FC Montfermeil, un des principaux clubs formateurs du département. La Seine-Saint-Denis mérite le respect pour tout ce qui est entrepris ici au niveau social, éducatif et sportif. Il est dommage que le Conseil départemental ne tienne pas ses promesses et que des décisions de bureau prennent le pas sur la réalité du terrain. J’espère que cette action, que nous soutenons, permettra au plus vite au football de reprendre ses droits ».

Pour toutes les équipes engagées dans les compétitions départementales, le début de saison se résume à des entraînements et des oppositions amicales. Une situation de quasi-inertie que regrettent certains éducateurs. « Pour moi, suspendre les championnats n’est pas la solution, explique Gianni Bettega, éducateur au Raincy. Les gamins ne jouent pas, les éducateurs voient leur début de saison faussé, on est contraint d’organiser des rencontres amicales à la place des compétitions… Il ne faut pas mêler le plaisir des enfants à venir jouer le samedi à celui des salariés du District à avoir des beaux locaux tout neufs ».

« Pas de chèque exceptionnel du département »

Si elle a eu le mérite de faire connaître de tous la situation du District, l’action menée depuis la rentrée n’a pas fait évoluer d’un iota le déménagement de son siège. Contacté par le Bondy Blog, Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis et chargé des sports au Conseil départemental, dit « ne pas avoir bien compris pourquoi » Nasser Gammoudi avait « pris à partie les pouvoirs publics de la sorte ». Tout en ajoutant « avoir du mal à comprendre aussi qu’on prenne en otage plusieurs milliers de gamins pour une histoire de conditions de travail de 4 salariés (9 en réalité, Ndlr) ».  Malgré le coup de pression du District, le député socialiste reste ferme sur ses positions. « Il n’y aura pas de chèque exceptionnel du département. 300 000 euros, c’est beaucoup trop pour nos finances. On ne les a pas et on ne les donnera pas. C’est comme si nous ajoutions 0,1 point d’impôt à tous les habitants du département ! Il n’est pas question de faire des choses pour le foot qu’on ne saurait faire pour les autres disciplines ».

De son côté, Nasser Gammoudi continue de mettre en avant une promesse formulée il y a plusieurs mois par Claude Bartolone. « Mais Bartolone n’est plus président du Conseil départemental, répond Hanotin. Et s’il a formulé cette promesse en tant que candidat aux régionales, il est normal qu’il ne puisse pas la tenir… puisqu’il a perdu ». Sur la nature même de l’aide demandée, Mathieu Hanotin se montre perplexe. « Nous donnons déjà 128 000 euros par an de subventions au District. Aujourd’hui, le District veut déménager, je le comprends parfaitement. Mais je ne vois pas pourquoi les impôts des citoyens du 93 paieraient la politique immobilière de la FFF, qui en a largement les moyens. Que la Fédération prenne ses responsabilités ». Alors, ce dossier est-il condamné à l’impasse ? L’élu socialiste entrouvre une porte à la négociation et tend la main au District. « Je dis à M. Gammoudi : prenons rendez-vous, mettons-nous autour d’une table et discutons. Le Conseil départemental est prêt à participer – plutôt en dizaines de milliers qu’en centaines de milliers -, à chercher des financements, y compris du côté de la Région, à aider le District autant qu’il le pourra. Je vais envoyer aujourd’hui (mardi, Ndlr) un courrier au District et aux clubs pour leur expliquer. Nous sommes prêts à faire avancer ce dossier ».

Le Red Star favorisé ?

Restent quelques désaccords plus larges sur la question de la politique sportive menée par le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis. « Quand je vois le Red Star obtenir une énorme subvention du département et, de l’autre côté, le District qui doit se mettre en grève pour arriver à ses fins, je me pose des questions », confie Abdelaz Kaddour, directeur sportif du FC Montfermeil. Le Red Star a en effet reçu un appui important du département, une subvention de 450 000 euros, pour mener à bien son projet d’ouverture d’un centre de formation. Un soutien qui aurait été apporté au détriment de clubs plus mineurs du département, dénonce-t-on au sein du paysage sportif local.  Aubervilliers, Noisy-le-Sec, Villemomble ou encore Les Lilas ont vu leur subvention réduite et ont quitté le plus haut niveau amateur.  Celui qui fut ancien conseiller du président du Red Star, se défend de toute inéquité. « Quand on parle de donner une aide pour ouvrir un centre de formation, on ne parle pas du quotidien de quelques salariés. Ce n’est pas tout à fait la même chose ».

Il y a donc bien plus, dans ce dossier, que l’apparente banalité du déménagement d’une instance sportive. Pour concilier les positions et démêler un jeu politico-sportif compliqué à l’aube d’une année marquée par deux scrutins majeurs, il faudra vraisemblablement une bonne flopée de réunions, d’interventions et de médiations en tout genre. D’ici là, les footballeurs de Seine-Saint-Denis continueront de s’entraîner et de préparer un championnat qui se fait désirer.

Ilyes RAMDANI

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