La discussion devait porter sur plusieurs thèmes d’actualité.  Mais l’’affaire DSK a occupé le devant de la scène. Jusqu’à monopoliser le débat et balayer d’un revers de main le printemps arabe. Ou encore la mort de Ben Laden. Dans le bilan de l’actualité 2011, l’affaire Strauss-Kahn est bien celle qui a fait des vagues dans l’océan journalistique en révélant une nouvelle facette du traitement de l’information. Une heure et demie durant, Juliette Hollier (AFP), Nicolas Demorand et Pierre Haski  discutaillent des coucheries de l’ancien patron du FMI. Chacun prêche pour sa paroisse.

À Libération, Nicolas Demorand revient sur la phase de sidération par laquelle son journal est passé en apprenant l’affaire,  « lorsqu’on l’a vu menotté et envoyé en prison ». La question cruciale des relations entre le sexe et la politique a divisé la rédaction. En tant que directeur de la publication et de la rédaction, Demorand martèle ne pas avoir fait de tête-à-queue majeur. « Dans mes éditos,  j’ai fait en sorte d’aborder le sujet avec beaucoup de précaution pour éviter le dérapage ou le délire interprétatif. Et puis surtout, l’écrit laisse des traces, contrairement à la radio. Vous êtes en position d’intervieweur. Vous avez des manières de contrebalancer vos doutes. »

Incarnant une toute autre école, une autre génération aussi, Pierre Haski titille Demorand. Lui pose une sacrée colle même : « à partir de quel moment une relation extra-conjuguale peut nuire à l’action d’un homme politique ? » Sur la défensive, le porte parole de Libération explique qu’avec DSK, « au fond, on ne savait pas grand chose, à part qu’il était libertin  et qu’il draguait les filles. Jusqu’à preuve du contraire, rien ne l’interdit ! » Une manière de se désolidariser du pionnier en la matière, Jean Quatremer. Le premier journaliste à avoir révélé le côté olé-olé de Strauss-Kahn. Le premier a avoir parlé de « quasi-harcèlement »,  une prise de risque majeure aux yeux de Demorand, « les citoyens ont le droit de penser qu’il faut traiter des coucheries des politiques. Mais moi, je dirige un journal… Et puis, les journalistes ne sont pas un modèle pour ce qui est des relations extra-conjuguales ! Dans les rédactions, les coucheries entre collègues sont fréquentes. Les journalistes ne sont pas les mieux placés pour donner des leçons aux politiques…» Froid dans la salle semi-remplie par des journalistes.

Point d’orgue du débat : la photo de DSK menotté. Chez Libération et l’AFP, le choix « de la raison »  s’est imposé : ne pas heurter l’opinion publique en publiant des images choquantes et inhabituelles en France, au contraire des États-Unis. Même si Juliette Hollier tempère le propos : « il s’agissait d’une photo pleine d’informations, nous avons choisi de ne pas la sortir, comme Libé, et avons préféré illustrer avec photo prise de telle sorte qu’on ne voyait que les épaules de Dominique Strauss-Kahn. » De son côté, Pierre Haski assume la carte de la transparence médiatique à fond. À Rue89, « le jour où DSK a été arrêté, on a eu une déferlante de messages d’internautes qui nous ont dit qu’on n’a pas fait notre boulot parce qu’on connaissait déjà ses penchants libertins. Alors j’ai fait mon autocritique et je me suis souvenu de l’affaire Roland Dumas, à l’époque où il était ministre et qu’il entretenait une relation avec la fille d’un diplomate syrien. Aujourd’hui avec l’affaire DSK, je regrette de ne pas avoir révélé cette information.» Il jure qu’on ne l’y prendra plus.

Mimissa Barberis et Hanane Kaddour

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