Petite, nous avions des voisins à Pantin qui faisaient beaucoup de bruit jusque très tard la nuit. Alors mon père, pour faire cesser ce boucan, avait décidé de scotcher une enceinte au plafond… pour diffuser à fond les ballons la musique de Johnny Hallyday ! De Gabrielle à Allumer le feu en passant par Que je t’aime, tous ses tubes y sont passés. Le manège a duré quelques jours avant que les voisins ne déménagent. Depuis, on se raconte cette histoire à chaque grand repas de famille !

Chez nous, tout le monde le sait : mon père est un fan inconditionnel de Johnny. Un vrai ! Il possède un coffret CD de son idole de la taille d’un enfant de cinq ans. Ne lui demandez surtout pas de fredonner l’un des tubes du rockeur le plus connu de France, il serait capable de monter sur les tables et de chanter à tue-tête sans que l’on puisse l’arrêter. Johnny, c’est toute sa vie, et c’est vraiment peu dire. Il l’a dans la peau depuis tout jeune. Aussi loin que je me souvienne, à chacun de ses anniversaires, il a reçu un album, une place de concert ou tout ce qui touche de près ou de loin au Elvis français. Mes cousines le surnomment « Tonton Johnny ». Combien de fois a-t-on imaginé l’inscrire à l’émission « Tellement Vrai » sur NRJ12, sur le thème « J’aime Johnny plus que ma famille » ?

Ce matin, Johnny n’est plus. Le réveil a été particulièrement brutal. Les messages, très nombreux, d’amis et de proches, qui connaissent la passion de mon père pour l’artiste, ont inondé ma messagerie. C’est de cette façon que j’apprends le décès de la star. Je n’y crois d’abord pas à cause de toutes ces fausses annonces (malsaines) de sa mort ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. Toujours au lit, je vérifie depuis mon portable si la presse en parle. Oui, c’est bien réel, il est vraiment mort. Je rejoins ma mère. On allume la télévision pour suivre la nouvelle sur les chaînes d’info en continu. En fait, toutes les antennes sont en boucle, entre micro-trottoir, images d’archives, concerts, reportages…

7 heures 30. Mon père, lui, est déjà sur les routes. Il est livreur-chauffeur de camion. Est-il au courant ? Je l’appelle ? Je ne l’appelle pas ? J’ai peur de sa réaction. Étrange sensation, c’est comme si j’étais sur le point de lui annoncer le décès d’un membre de la famille. Je finis par l’appeler. Il sait déjà. C’est par une annonce au mégaphone à Gare du Nord qu’il a appris la mauvaise nouvelle. Au bout du fil, le paternel essaye de faire bonne figure, mais je sens de la tristesse dans sa voix. Il me dit de ne pas m’inquiéter et ajoute : « si je l’avais su avant de quitter la maison, je ne serais pas aller travailler ».

Ce moment, on l’appréhendait tous depuis quelques années. On avait pris le parti d’en rire, de le taquiner avec ça. Je lui demandais souvent : « Papa, comment tu feras quand il va mourir ? » Et voilà, ce moment est arrivé. J’ai rappelé mon père cet après-midi pour m’assurer qu’il se portait bien. Il m’a raconté qu’il n’avait pas débranché la radio de la journée pour écouter les hommages rendus à son héros. Ce soir, il s’installera devant le poste de télé pour regarder des rediffusions de concert et tout ce qui concerne Johnny Hallyday. Et demain, il se recueillera devant la demeure du chanteur à Marnes-la-Coquette.

Le Taulier faisait partie de la vie de mon père depuis son arrivée en France dans les années 60. Aujourd’hui, comme dirait le titre « souvenirs, souvenirs », il reste ses chansons.

Célia KADI

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