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À la suite des attentats de Bruxelles hier, un hashtag #StopIslam est apparu en tête du réseau social Twitter.

Après les attentats, la haine. Il a fallu quelques heures pour que le hashtag #StopIslam perce sur Twitter. Plus de 400.000 tweets. Les statistiques ont certes augmenté avec les tweets des internautes dénonçant le hashtag en même temps qu’ils le citaient. Mais la question est de savoir comment Twitter a pu permettre de hisser l’étendard Stop Islam, incitant à la haine en première tendance monde, rien que ça. La cellule technique de Twitter chargée de contrôler les contenus transgressifs, racistes, diffamatoires et tutti quanti a-t-elle joué les prolongations de la fête d’anniversaire des dix ans de Twitter ? Ou Twitter n’est-il finalement qu’un vulgaire robot à la tyrannie du langage de programmation et de la statistique ?

Internet, poison ou remède ? 

Répétitions morbides, toujours ces images, cette panique, cette alarme médiatique, réactions politiques qui charrient leurs lots de phrases nauséabondes… Mais il y a aussi le « pendant ce temps-là, sur Internet ». Twitter, ça va vite. On « tweete » plus vite que son ombre, dictature de l’instantané, agora virtuel, reflétant bien l’état d’esprit ambiant. Internet, c’est un Pharmakon, terme de la Grèce ancienne qui désigne à la fois le remède (nous l’avons vu dernièrement, hashtag #on vaut mieux que ça) ; mais le pharmakon, c’est aussi le poison, défouloir où certains écrivent tout noir ce que beaucoup pensent tout bas. « Un catho radicalisé, ça prie devant des centres d’IVG. Un musulman radicalisé, ça arrose une salle de concert à l’AK47. #StopIslam  ». Ou encore le tiercé gagnant « Sans musulmans, peu de viols, peu d’agressions, peu de meurtres, pas d’attentats, pas de halal, pas de voile #StopIslam ».

Derrière le discours islamophobe 

Que ce hashtag ait été lancé par ce que l’on nomme aujourd’hui la « fachosphère » ou simplement par des internautes lambdas, il faut s’attarder un instant sur #StopIslam, car il traduit une tendance réelle, qui ne cesse de s’accentuer, ce que l’on désigne aujourd’hui sous le terme d’islamophobie. On n’a pas attendu ce hashtag pour savoir que la dialectique des extrémistes anti-musulmans se nourrit du malheur des autres pour surfer sur la peur. Et ce discours porte un nom : islamophobie. Sous ce terme se larve un type de discours raciste, nouveau, un discours qui s’ancre essentiellement sur la culture de la population d’origine africaine, mais il s’agit là d’une sorte de métonymie, la métonymie étant cette figure qui désigne le tout par la partie… Exemple de métonymie : je bois un verre d’eau, ce n’est pas le verre que je bois, mais son contenant, l’eau. Il en va de même pour ce discours qui a émergé depuis la fin des années 80, au moment où ont commencé tous ces débats incessants au sujet du voile à l’école. Ainsi en désignant la culture de la population d’origine maghrébine, c’est au final les personnes mêmes que l’on vise. Il s’agit là d’une simple rhétorique qui permet aux partis d’extrême droite, à toutes ces nébuleuses, de porter un discours raciste audible dans les médias, nappé qu’il est de ces arguments d’ordre culturel.

Et ce hashtag n’est au fond qu’une traduction de ce type de discours, on évoque l’Islam, le culturel, le cultuel, alors que l’objet même n’est autre que les musulmans eux-mêmes…

Accepter le réel sans l’expliquer 

Et ce type de racisme de toucher également depuis cette fin des années 80, ce parti que l’on dit de gauche, à savoir le Parti Socialiste, d’y progresser, menant même à la création de ce mouvement « Le printemps Républicain », sorte d’acmé du discours islamophobe. L’éclosion de cette conception de la laïcité et de la religion dans le champ républicain vient, elle aussi, de ces fameuses années 80, avec la naissance des « nouveaux philosophes » dont le travail premier a été de vouloir annihiler l’héritage des mai 68. En attaquant d’abord de front la sociologie, il n’y a qu’à regarder un Finkielkraut, un Glucksman pour s’en rendre compte, essentialiser et responsabiliser la population. Avec ce mot d’ordre la domination n’existe pas.

Une vision de la société qui va peu à peu infuser, remonter jusqu’aux plus hautes sphères avec un Premier ministre dit de gauche, Manuel Valls qui, après les attentats, prononcera ces mots : « aucune explication d’ordre sociologique ne doit être trouvée ».

Face à l’horreur des attentas, aux chocs et aux traumatismes, il faut, pour la population, mettre en récit ce qu’il s’est passé. Pour l’accepter, et si l’on ôte ces explications, ces excuses (pourquoi pas ?), comment fait-on par accepter le réel, ce réel, le rationaliser… Alors on va se retourner vers la population dont étaient issus les coupables d’actes terroristes, à savoir la population d’origine africaine. S’opère dès lors cette logique, si les auteurs de ces attentas se réclamaient de l’Islam, c’est que l’Islam est coupable… Alors #StopIslam… Ou la défaite de la raison, commanditée par nos dirigeants…

Hanane Kaddour et Ahmed Slama

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