Le Bondy Blog a inspiré l’un des premiers ateliers des assises. Pour améliorer le travail des journalistes dans les banlieues, doit-on favoriser leur installation en résidence dans les quartiers ? Pour un mois ou six mois, par exemple, afin de leur donner le temps de s’immerger dans un milieu qu’ils ne connaissent pas forcement. C’est ce que Serge Michel et les journalistes suisses de l’Hebdo ont fait en 2005, au moment de l’embrassement des banlieues françaises. « Au moment où l’exceptionnel faisait la une des journaux, ils ont mis sur le devant de la scène le quotidien des habitants de ces quartiers», raconte Nordine Nabili, rédacteur en chef du Bondy Blog, média héritier de l’expérience suisse.

Le rédacteur en chef de radio HDR, une antenne associative qui émet depuis le quartier des hauts de Rouen,  raconte son expérience : « J’ai du déconstruire ce que j’ai appris en école de journalisme. J’ai appris à prendre mon temps, à m’appuyer sur les habitants. Venir dans un quartier populaire c’est comme venir, dans un village, ou dans un quartier huppé. Il faut avoir des bonnes manières et ne pas s’attendre à être bien accueilli quand on prend des photos à l’arraché, sans même s’être présenté ».

Les arguments en faveur des journalistes en résidence fusent au cours de l’atelier, mais certains intervenants rappellent l’existence de blocages hiérarchiques. Le rédacteur en chef qui trouverait inutile de détacher un de ses journalistes en banlieue pour une longue période, sans assurance d’avoir du fait divers à se mettre sous la dent.

L’Acsé pourrait financer un tel projet, selon une de ses représentantes, «Si il y a un bénéfice pour les habitants. Et si le journaliste professionnel travail de concert avec les journalistes citoyens et associatifs qui occupent le terrain depuis toujours ».

« Le monde rural ne doit pas être oublié », plaide un intervenant « Dans la région d’Angers, les quartiers s’en sortent mieux que les campagnes qui connaissent de grandes difficultés ».

L’image des banlieues vient sur le tapis. Nordine Nabili intervient : « Faire des sujets positifs ou négatifs sur les quartiers ce n’est pas un débat pour moi. Un journaliste doit faire son métier. »

Le débat se poursuit un long moment. Pourtant, le problème du rapport entre media et banlieues  est condamné à se résoudre de lui-même à mon avis. Le métier se précarise tant et si bien, que bientôt, tous les journalistes habiteront dans les quartiers populaires.

Idir Hocini

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