Le 30 octobre 2007, lors de travaux de voierie effectués par la société Bourgeois, une pelleteuse endommageait une conduite de gaz, provoquant une explosion, rue Roger Salengro. La brasserie « L’Etoile du Centre » faisait ce jour-là salle comble au service du midi. Bilan des victimes : un mort et 47 blessés. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’intérieur était sur les lieux quelques minutes plus tard. Depuis deux ans et demi, les ruines calcinées de l’ancienne brasserie et les décombres de l’immeuble attenant, entourés de barrières métalliques, offrent un spectacle désolant à chaque passant.

Le propriétaire de « L’Etoile du centre », Stéphane Bakir, avec la plupart de ses employés, a ouvert un nouveau restaurant, « Le Chêne », situé en face de son ancien commerce. L’ouverture du « Chêne » – un restau proposant des mets plus élabirés – était prévue avant la déflagration qui a détruit « L’Etoile du centre ». « A l’origine, explique Stéphane Bakir, on voulait ouvrir un bon restaurant en plus de la brasserie qui existait déjà. » L’assurance ne l’a toujours pas indemnisé, la société bourgeois et GDF se rejetant la responsabilité de l’explosion. « Je serai indemnisé quand le responsable sera connu », ajoute le propriétaire.

Mme Gomes, une des employées de « L’Etoile du centre » était en train de servir au fond de la salle quand l’explosion a eu lieu. « Etre au fond, c’est ce qui m’a protégée », raconte-t-elle. Cette jeune femme, dont le bras gauche a été brûlé au deuxième degré, a subi une greffe de peau. Son bras la démange, elle ressent des picotements. Son ancienne blessure la fait toujours souffrir. Son vie thérapeutique après l’accident : psychologue, médecin, médicaments. « J’ai très mal vécu ce qui s’est passé. Le peu que j’ai dormi, c’est avec les cachets. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux même si j’appréhende les odeurs, les lieux clos. On y pense tous souvent. »

Cette serveuse et son patron disent ne pas être du tout au courant de l’avancée de l’enquête. Ils trouvent cette situation « inadmissible ». « J’ai pris moi-même un avocat. Il appartient à l’Association des brûlés de France. Nous sommes trois à avoir le même avocat. Le peu qu’on apprend c’est par les journaux, même l’avocat n’en sait pas plus », affirme Mme Gomes. Elle s’interroge et déplore ce « black out » sur l’information. « On ne sait pas si la brasserie va redevenir un restaurant, on ne sait pas qui est le coupable. D’après les on-dit, un procès se tiendra en 2011. Le permis de démolition est toujours reporté. » Les dernières nouvelles parvenues à ses oreilles font état d’une démolition des ruines fin mars.

Les commerçants voisins de « L’Etoile du centre », eux, ne décolèrent pas. Adrien Trompette, directeur de l’agence immobilière Orpi, a vu son chiffre d’affaire nettement diminuer. « Nous avons perdu 30 à 40% de notre clientèle. Nous sommes connus mais le chaland, regardez, il va où ? La rue est coupée. » Pour pallier le manque à gagner, lourd à l’entendre, il s’est tourné vers ses assurances. Aucune information sur le déroulement de l’enquête ne lui a été communiquée par la mairie ou la préfecture. « J’ai appris en lisant le journal Le Parisien que la démolition aurait lieu en mars. Mais ça fait un an et demi qu’on nous dit cela. Je ne sais même pas si la mairie est au courant. »

De son côté, le cabinet du maire déclare que l’enquête est toujours en cours et que le bailleur attend la décision de justice. L’information lue dans Le Parisien à propos de l’avis de démolition aurait donc un caractère prématuré.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

Articles liés

  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021
  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021