Les animateurs des quartiers de la ville de Compiègne et le Mémorial de l’internement et de la déportation ont organisé le 12 décembre dernier une soirée pour restituer le voyage de 29 adolescents à Auschwitz, en présence du déporté Fernand Devaux.

La soirée démarre avec la projection d’un diaporama photo du voyage en autocar à Cracovie, puis à Auschwitz. Deux des jeunes commentent les photos et rappellent l’émotion ressentie dans le camp de concentration et d’extermination. « J’ai pleuré. Ça m’a fait un point dans le cœur », confie timidement Océane, impressionnée par la salle pleine de proches et d’officiels venus rencontrer Fernand Devaux.

Le nonagénaire est l’invité d’honneur de l’évènement. Cet ancien déporté d’Auschwitz a été arrêté le 2 septembre 1940 à Saint-Denis, alors qu’il distribuait des tracts des Jeunesses Communistes. Interné dans les camps d’Aincourt (95), puis de Rouillé (86), il a ensuite transité à Compiègne (60), dans le camp de Royallieu. Il revient ainsi sur les vestiges de ce camp, où la ville a construit en 2008 le Mémorial de la déportation et de l’internement.

La rencontre avec Fernand Devaux est l’aboutissement du projet « Pologne », démarré il y a un an. « On a travaillé sur le devoir de mémoire. On a voulu que les jeunes recherchent des informations complémentaires à leurs leçons d’histoire. C’était une aventure humaine et spirituelle à la fois », explique Alexandre Marlot, animateur dans les centres des quartiers de la ville de Compiègne, et figurant parmi les accompagnateurs du voyage.

Un voyage marquant

IMG_9654Tous ont été frappés par ce qu’ils ont vu au sein du camp. Djiby a été choqué par les tas de chaussures. Zoé par les amas de cheveux : « on voyait ça dans les films. On voyait ça dans les cours au collège. On apprenait nos leçons et là, on voit ça en vrai, ça fait bizarre, ça change la vie ».

Binta a été frappée par les dortoirs : « quand on a vu où les personnes étaient durant tout le temps qu’elles ont passé à Auschwitz, on s’est dit qu’on aurait pu être à leur place. Ça nous a mis mal ». Kardiatou revient sur ses cours d’histoire : « on nous en a parlé, mais on n’y croyait pas forcément, on a minimisé. On a appris l’histoire à travers les livres, mais quand on y est c’est encore plus touchant ».

IMG_9648Cindy Juszszak confirme le bouleversement des jeunes : « ils ont pleuré. Quand ils sont rentrés, ce n’était pas les mêmes ». Cette animatrice et secrétaire dans le centre d’animation du quartier du Clos des Roses, est d’origine polonaise. Elle tenait vraiment à aller en Pologne avec un groupe de jeunes, qui au départ n’étaient pas nombreux. « On a eu du mal au début à trouver des jeunes. Et puis on a fait plusieurs ateliers autour de la Pologne, un atelier théâtre, une fresque sur le camp d’Auschwitz qui est exposée ici, et un atelier cuisine. On a démarché dans les collèges, dans les lycées. Et on a réussi à trouver 29 jeunes, de 14 à 17 ans, de tous les quartiers de la ville », précise l’accompagnatrice.

Cindy Juszszak a redécouvert ces jeunes qu’elle côtoie depuis des années : « la plupart ont pleuré à Auschwitz, je ne m’y attendais vraiment pas. 15-16 ans, c’est l’âge où ils se moquent de tout. Mais non, ça les a beaucoup marqués. Je pense qu’ils voient la vie autrement maintenant, en se disant que les gens ont vécu beaucoup d’atrocités et qu’à côté, les problèmes que l’on a, ce n’est vraiment rien du tout ».

Un slam pour la « Liberté d’être en paix »

Avec les anecdotes de leur voyage, les jeunes ont questionné Fernand Devaux. « Il n’y a pas mieux qu’un témoin vivant, qui apporte en direct les réponses réelles sur ce qu’il s’est passé », indique Alexandre Marlot. Les adolescents ont ensuite rendu hommage à l’ancien déporté, en lui présentant le slam « Liberté d’être en paix » écrit dans le cadre du projet.

Le devoir de mémoire fait aujourd’hui partie de l’accompagnement éducatif des centres d’animation des quartiers de Compiègne. Cette expérience enrichissante a donné envie aux animateurs de réitérer l’expérience. Et d’emmener par ailleurs des jeunes au Sénégal, à l’île de Gorée, le plus grand centre de commerce d’esclaves de la côte africaine, devenue un symbole de la traite négrière.

Rouguyata Sall

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