Les récents attentats mondiaux rappellent les moments dramatiques vécus à Paris et la réaction des Franciliens venus donner leur sang en nombre. En cette période de congés d’été, les niveaux de réserves sont fragiles en France. L’Établissement Français du Sang (EFS) appelle à la mobilisation des donneurs. La Journée Mondiale des Donneurs de Sang (les 13, 14, 15 juin) a rappelé le besoin de sauver des vies.

13548897_10208096781248741_1049715752_oDirection un centre de don du sang, rue Châteaudun, près de la gare Saint-Lazare. Un groupe de lycéens sort, chacun ayant une cannette de soda à la main. Un membre de l’établissement est venu dans leur classe faire une présentation. Les équipes de l’EFS ont ouvert une plage horaire pour permettre à ceux qui le souhaitent de planifier leur don de sang. Une jeune demoiselle, sourire aux lèvres, est une habituée du lieu. Donneuse régulière, elle insiste sur le fait qu’il faut prendre son temps pour donner. Pour donner son sang, il faut avoir un domicile en France. En ce sens, les SDF ne peuvent pas donner car ils n’ont pas d’adresse fixe pour leur envoyer un suivi. Les hôtesses m’accueillent. Le centre est bien situé, à proximité des passants. Dès l’entrée, une affiche plante le décor. Le don est « anonyme, bénévole et gratuit ». En Allemagne et aux États-Unis par exemple, les donneurs sont payés. Or ce n’est pas dans l’esprit des Français de faire payer pour quelque chose qui vient de soi. Chaque citoyen doit donner son sang, dans son pays. Le médecin Ahmed Slimani, directeur du site, déroule le questionnaire. Dans un espace tenu par des médecins, chaque donneur potentiel passe un entretien confidentiel. Le médecin vérifie l’état de santé du donneur. Il peut observer une anémie, c’est-à-dire une carence de globules rouges. À ce stade, le donneur potentiel ne peut pas encore donner son sang. Depuis plusieurs mois, l’EFS expérimente l’entretien pré-don réalisé par des infirmières pour aider les équipes de médecins dans cette étape. Au cours du prélèvement, l’infirmière s’occupe des donneurs entre ceux qui viennent d’arriver et ceux déjà installés.
13570353_10208096780928733_1169195838_oAprès l’étape de l’entretien médical, le donneur est invité à se rendre dans l’espace prélèvement. La machine d’aphérèse fait le travail. Le plasma est très demandé puisqu’il contient des glucides, des protéines et des vitamines des facteurs de coagulation. Ce don prend 45 minutes, il est indispensable à de nombreux malades tels que les grands brûlés, les hémophiles, les patients souffrant de trouble de la coagulation ou de déficit immunitaire grave.  Le don de plaquettes (durée 1h30) permet de soigner par transfusion sanguine des malades atteint de la leucémie, de patients en chimiothérapie ou encore des accidentés de la route. Le don de sang total (10 minutes) est la forme de don la plus courante , il permet de prélever en même temps tous les composants du don : globules rouges, plasma, plaquettes. Les besoins en produits sanguins dépendent de la pathologie et du traitement du patient. Les donneurs de groupe O sont particulièrement recherchés car leur groupe sanguin permet de transfuser leurs globules rouges à un très grand nombre de patients. Et les donneurs du groupe AB sont « donneurs universels en plasma », leur plasma pouvant être transfusé à tous les malades.
13579877_10208096781208740_1349804602_oPierre, un pompier de 28 ans, est un habitué : « J’habite à côté. Je donne plus souvent dans les camions-collectes. Dans ma famille, on est tous donneurs réguliers. Les pompiers en intervention, on ne le leur demande pas. Mais il y a un centre de transfusion des armées à Clamart ». Après s’être hydraté en buvant les 500 ml recommandés d’eau ou autre soda, il regarde de nouveau son film. Les donneurs sont recherchés. Le leitmotiv du médecin est : « sensibilisons les jeunes ». Les 25-35 viennent moins car ils sont occupés par le travail et la famille. « Il est important de donner régulièrement, le plasma, on en a besoin aussi». Extrêmement engagé, le médecin se préoccupe du donneur et court parfois derrière un donneur pour le rattraper et lui demander s’il va bien. Dans l’espace restauration, règne un silence presque religieux. Les médecins ne laissent pas sortir les donneurs tant qu’ils n’ont pas repris des forces. Sylvie, agent d’accueil et chargée des collations depuis des années, précise que les dons de plaquettes sont assez difficiles à avoir. L’EFS appelle donc à une mobilisation régulière, et non ponctuelle, étant donné que les besoins des malades sont quotidiens. « Merci à tous les donneurs, c’est grâce à eux que l’on peut soigner les malades » soufflera discrètement le Docteur Slimani, avant de repartir pour un tour…
Yousra Gouja

Articles liés

  • Grève des sans-papiers : « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

    En Île-de-France, près de 300 travailleurs sans-papiers ont entamé une grève face à un système d'emploi qui pousse à l'exploitation durable sans régularisation. Une main d'oeuvre pas chère, qui subit des cadences toujours plus difficiles dans des secteurs clés de la vie quotidienne. Reportage.

    Par Olorin Maquindus
    Le 27/10/2021
  • Thérapie de conversion : du discours religieux à la psychanalyse

    Alors que le Parlement se penche depuis ce mois d'octobre sur l'interdiction des thérapies de conversion, Miguel Shema s'est penché sur le documentaire 'Pray Away'. Film documentaire qui fait la lumière sur l'entreprise américaine Exodus, qui pendant des années à promis à des milliers de membres de la communauté LGBTQI+ de changer d'orientation sexuelle. Des pratiques qui passent par l'usage d'une sémantique psychologique et non religieuse. Analyse.

    Par Miguel Shema
    Le 26/10/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021