Pour Sofiane, lycéen, le silence est loin d’être d’or, bien au contraire. Il a besoin d’un fond sonore pour faire ses devoirs. 
Être l’aîné dans une famille comme la mienne, ce n’est pas l’idéal pour se consacrer au travail. Tout commence dans ma chambre, je prends mon agenda, voyant la liste des tâches défiler, ma motivation en prend un coup, je me demande comment je vais y arriver ! C’est sûr, ce n’est pas facile d’avoir deux petites sœurs qui te crient dessus pour te demander de l’aide avec ces fameux exercices de maths et la dernière, 3 ans, qui te demande de jouer avec elle ou de lui mettre Peppa pig à la télé. Sans oublier, vers 17 heures, ton ami « Ben aych » qui t’appelle pour faire un foot au parc Atlantique : impossible de refuser ! Tu te rends compte plus tard lorsqu’il est neuf heures du soir et que tu n’as toujours pas commencé la liste de tes devoirs, si longue et si difficile, que la flemmardise s’empare de toi.
Tous les jours mon père regardait la chaîne d’information marocaine Al Oula avec le volume au max tandis que ma mère parlait à la famille au Maroc au téléphone commençant la discussion avec le traditionnel « Salam Aleikoum ». Difficile de travailler dans ces conditions-là ! À force j’ai développé quelques subterfuges pour contrecarrer cet ennemi si présent dans la vie de tous les jours : aller à la bibliothèque du quartier ou bien me lever aux aurores lorsque la famille dort encore pour pouvoir travailler avec le silence, cet ami si absent et si rare ! Malgré cela, je n’avais pas toujours le temps d’aller à la bibliothèque, ou bien j’avais la flemme de me lever tôt.
Pour certains, le silence est primordial pour travailler dans de bonnes conditions. Pourtant je pense tout le contraire, je pense que trop de silence tue le silence, d’ailleurs Jamel Debbouze disait dans l’un de ses sketchs « Ce n’est pas fini ce silence ici ! ». Un jour, j’étais en train de travailler seul chez moi, toute la famille était partie au marché, et pourtant je n’arrivais pas à me concentrer ; c’était bizarre quelque chose manquait à l’appel, j’étais déconcentré, la tête qui tournait de droite à gauche pour chercher ce « quelque chose » qui était le bruit.
Les cris de mes petites sœurs, le volume de la télé, l’appel du téléphone presque irrésistible : tous ces bruits auxquels je me suis habitué, sont ceux que je dois entendre pour pouvoir travailler. Je me rends compte aujourd’hui que le bruit m’accompagne dans tout ce que je fais, partout où je vais, entre l’Aïd en famille et les anniversaires de mes cousins, le bruit remplace peu à peu le silence comme il occupe de plus en plus ma vie. Je dépends de ce mot de cinq lettres qui définit le monde dans lequel je vis, ne laissant aucune chance au silence de s’immiscer dans mon monde. Cela peut paraître fou, mais sans bruit je ne peux pas travailler !
Sofiane Moumni

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