Nous les croisons chaque jour, au travail, à l’école, au supermarché, ou juste dans la rue, sans savoir qu’ils sont porteurs de handicap. Pourtant 80% des personnes qui vivent ces différences sont dites porteuses de « handicap invisibles ». Des difficultés qui ne sont pas apparentes, et non liées directement à la vision du  handicap que se font un grand nombre de gens.

Des obstacles pourtant bien présents et réels pour celles et ceux qui les vivent. Notamment pour accéder au travail. Parmi les 12 millions de personnes en situation de handicap que compte le pays, 18% d’entre eux sont au chômage.

Des étals toujours bien remplis dans la petite boutique de Sains.

Pourtant des initiatives existent pour favoriser leur emploi. Je suis allée à la rencontre de la monitrice de La Petite Boutique de Stains. Un établissement de vente de produits locaux et d’artisanat ouvert depuis décembre 2019 avec l’Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) Marville de Stains. Ici travaillent dix employées tous porteurs de handicap visible ou non.

Les gens normaux ça n’existe pas.

Une aubaine quand on sait que le taux de chômage des personnes en situation de handicap est globalement le double de celui des personnes en âge de travailler en France. « Les personnes reconnues handicapées ont une probabilité d’être en emploi plutôt qu’inactives ou au chômage 3,6 fois plus faible que les personnes non handicapées », d’après les conclusions de l’observatoire des inégalités en octobre 2020.

La monitrice d’atelier Ophélie Esteve, 48 ans, est à l’atelier créatif de l’ESAT depuis 7 ans. Elle travaille aussi à la boutique et explique ce qu’elle apprécie le plus dans son travail de monitrice : « ils sont imprévisibles, joyeux, curieux, attachants, mais ce qui est le plus intéressant c’est de les voir évoluer ».

Des produits en tous genre sont vendus au sein de l’établissement solidaire.

La petite boutique de Stains est un lieu chaleureux, original, coloré et plein de vie. Sur les étagères sont exposés tasses, sac cabas, petits carnets et t-shirt accompagnés de leurs slogan « les gens normaux ça n’existe pas ». Ces quelques mots, pour dire que la normalité n’a pas de nom, pas de physique donc pas d’identité.

Des activités et ventes en tous genre à la Petite Boutique de Stains

A la petite boutique de Stains il y a Aldjia, 45 ans, pour qui il tenait à cœur d’écrire ce slogan en arabe aussi, elle qui accorde beaucoup d’importance à ses origines algériennes. De même que Siramana, 24 ans, un passionné de dessins qui dessine cahier de coloriages pour enfants, collages et invente même un jeu de mémoires pour la boutique.

Au sein de l’établissement on retrouve toutes sortes de créations artistiques, mais aussi politiques. C’est ce que nous montre Nathalie, 24 ans, adhérente à l’ESAT depuis trois ans, qui invente des histoires autour de la politique et qui en fait aussi des dessins satiriques où sont par exemple représentées des figures comme Emmanuel Macron ou Marine Le Pen.

« Les gens normaux ça n’existe pas » : le mantra de la petite boutique de Stains.

Ophélie raconte toujours avec plaisir l’histoire de cette phrase qui les représentent depuis trois ans maintenant. Lors de la semaine du handicap en France, une entreprise fait une commande de sacs et dessins sur le thème du handicap et demande d’y inscrire un slogan. « Ils en ont eu marre qu’on leur demande tout le temps de faire des choses seulement sur le handicap, parce qu’ils sont en situation de handicap. Quand on réfléchissait à un slogan, quelqu’un a sorti cette phrase, ‘les gens normaux ça n’existe pas’, tout le monde à aimer et nous avons décidé de la garder ».

Et quand je demande enfin aux employés de la petite boutique de Stains, de quels handicaps ils sont porteurs on me répond « Mais pourquoi cette question ? ». C’est vrai après tout ? Qu’est-ce que ça change ?

Kadidiatou Fofana 

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