« Aujourd’hui on a eu plus de 80 stagiaires. 76 % ont trouvé un emploi ou ont enchainé sur une autre formation à la sortie » se félicite Pauline Courbon, responsable formation et insertion chez Moulinot. La société qui s’est installée en Seine Saint-Denis voit grand, très grand. En mai 2019 elle a inauguré à Stains (Seine-Saint-Denis) la première plateforme innovante de tri, de prétraitement et de valorisation des biodéchets de France. Entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS), Moulinot compte poursuivre son développement exponentiel. L’entreprise veut s’imposer comme un acteur central de l’emploi et la formation dans le département.

Pionnière de la collecte et de la valorisation des biodéchets en France, l’entreprise créée en 2007 par Stefan Martinez – ancien restaurateur parisien- a fait du chemin. Toujours sous la forme d’une société à action simplifiée (SAS) elle avoisine les « 4,8 millions de chiffres d’affaires » et emploie aujourd’hui 90 salariés en CDI.

Stephan Martinez se fixe l’objectif de « doubler ce chiffre » d’ici fin 2022. « Aujourd’hui on n’est même pas à 4% de valorisation des biodéchets à l’échelle nationale. On est les seuls à faire ça de A à Z. On s’est créé notre filière », s’exclame le chef d’entreprise.

Des déchets qui servent à l’agriculture et au biogaz des logements

Moulinot prône l’économie circulaire, le « retour à la terre » et la reconnexion entre « l’urbain et le rural ». Les déchets alimentaires sont collectés par des chauffeurs conduisant des camions roulant au gaz naturel (GNV) auprès des partenaires (restaurateurs, collectivités, établissements publics etc.).

Ils sont ensuite acheminés à la plateforme pour y être déconditionnés (retriés) et hygiénisés (élimination de tout agent pathogène). La matière organique extraite est valorisée en produisant du compost hautement fertilisant et renouvelable pour les terres agricoles des agriculteurs de la région. Une autre partie se dirige vers des sites de méthanisation afin de créer du biogaz qui alimente des logements en chauffage basse consommation.

Camion de Moulinot déchargeant sa collecte de biodéchets dans la plateforme de tri et de prétraitement à Stains, le 8 décembre 2021 © Barbet Rémi. 

Pour le chef d’entreprise, pas question de parler d’innovation. « On revient juste au bon sens » insiste-t-il. Stéphane Martinez explique qu’auparavant les biodéchets étaient déjà valorisés en circuit-court dans la région de l’Île de France. Les « sauts à cochon » ou la collecte du pain qui « finissait chez les volaillers à Montreuil ou chez les éleveurs de chevaux à Maison Laffitte étaient des flux déjà organisés.

Nos modes de vie modernes nous ont fait « sombrer » dans la simplicité. « On est passé d’une économie circulaire vertueuse, à c’est bon on met tout dans le sac poubelle noir » observe-t-il. La démarche de Moulinot s’apparente à un retour aux sources étayé par des moyens technologiques modernes.

On parle de la création d’environ 500 emplois.

Le procédé a tout d’un cercle vertueux d’un point de vue environnemental, économique, mais aussi social. La collecte des biodéchets est un secteur d’avenir créateur d’emplois. La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire rend obligatoire la collecte des biodéchets d’ici janvier 2023 pour tous les producteurs de plus cinq tonnes par an. De nouvelles directives contre le gaspillage alimentaire notamment qui pourraient faire exploser le marché de la collecte de biodéchets selon Stefan Martinez « Là en termes d’emploi crées et de filière indirecte c’est fort. On parle de la création d’environ 500 emplois chez nous. ».

La plateforme de Stains est la première d’une longue lignée. Une nouvelle va voir le jour à Réau dans en Seine et Marne en 2022. « On espère en monter six d’ici 2027 », ambitionne le chef d’entreprise. L’échéance de Paris 2024 offre également des possibilités de marchés. L’ancien restaurateur se fixe pour objectif de collecter puis valoriser l’ensemble des déchets alimentaires des jeux olympiques.

Dynamiser le territoire d’implantation

Moulinot est une entreprise d’économie sociale et solidaire. Elle possède l’agrément d’entreprise d’insertion. « C’est un agrément départemental donc pour le volet insertion on ne recrute que des personnes du 93 » précise Pauline Courbon. « C’est notre souhait d’accompagner les personnes du territoire de la Seine-Saint-Denis », enchaîne-t-elle.

Les personnes relevant du dispositif sont embauchées en « CDD d’insertion » pour une période de six mois à deux ans. Elles exercent le métier de collecteur de biodéchets et un accompagnement socio-professionnel est mis place avec une conseillère interne à Moulinot. L’objectif est double: apprendre le métier et renouer progressivement avec le monde du travail. L’accompagnement se poursuit au-delà de la fin du contrat de travail. Le but « c’est que la personne trouve un CDI dans l’idéal, chez nous ou chez un partenaires » assure la responsable du pôle insertion.

Le fait d’avoir vu tout le cycle, ça donne du sens, on sait pourquoi on vient travailler.

Pour promouvoir ce métier d’avenir, l’entreprise a également créé des formations qualifiantes avec un ingénieur pédagogique. Elle en dispense deux : Collecteur de biodéchets et éco-animateur. Les sessions de formations accueillent douze personnes et durent deux mois. La formation est reconnue au niveau CAP. « La formation se termine dans une semaine, on a examen sur table mercredi prochain. On a tout appris sur le compostage et la méthanisation. On ne se contente pas de rester dans le camion et de collecter. Ils nous amènent tout voir et nous explique », s’enthousiasme Marc, 38 ans, en formation de collecteur.

« Maintenant j’explique à mes potes que trier les déchets c’est important : On peut se réchauffer, on peut manger », poursuit Marc alors qu’il vient de finir la tournée du matin avec son formateur. De son côté Thiernot, 60 ans, en reconversion professionnelle souligne l’aspect « valorisant » du métier. « Le fait d’avoir vu tout le cycle, ça donne du sens, on sait pourquoi on vient travailler. » déclare-il.

J’espère vraiment pouvoir rester parce que le métier me plait.

Le métier de collecteur est essentiellement un métier de conduite. Les tournées durent sept heures et les chauffeurs sont seuls. La rémunération pour un débutant se situe entre « 1700 et 2000 euros brut » en fonction des primes indique Pauline Courbon. Pour les stagiaires la perspective d’une embauche est attrayante. « J’espère vraiment pouvoir rester parce que le métier me plait mais aussi parce qu’on se rend vite compte que Moulinot c’est une vraie famille », confie Marc.

Pour le poste d’éco-animateur, les qualités requises sont davantage des qualités d’animation et d’aisance oratoire. L’éco-animateur réalise des actions de sensibilisation auprès de différents publics (associations, collectivités, établissements publics, entreprises spécialisées etc.).L’entreprise souhaite notamment développer la sensibilisation au tri auprès des jeunes en milieu scolaire. Elle organise également une journée porte ouverte pour les habitants de Stains afin de « montrer ce que l’on fait, les opportunités d’emploi qu’il y a ici, et sensibiliser au tri des déchets. ».

Barbet Rémi

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