ntre 2014 et 2015, l’Etat a réduit ses dotations aux collectivités locales de près de 4 milliards d’euros.
« C’est un coup très dur », commente Yannick, une ancienne de l’ADASE, face aux difficultés que rencontre l’association. Cette dernière est aujourd’hui en péril explique sa présidente, Nadège Chailleux. La mairie dans sa nouvelle convention budgétaire présentée au mois de juin, abaisse le montant de la subvention à la structure de 30%. « On avait anticipé la baisse de budget de l’Etat aux collectivités et de notre subvention en conséquent, à hauteur de 10 ou 15%, explique-t-elle, mais pas 30%… » Et de soupirer, « notre association est touchée immédiatement et brutalement. »
Un budget général qui se retrouve grevé de près de 20 000 euros. « Nous avons fait des efforts pour diminuer nos besoins en financements publics, détaille avec précision la présidente. En 2009, nous avions 85 000 euros de financements publics pour 390 participants à nos activités. En 2014, nous sommes passés à 66 000 euros pour 540 participants. Pour 2015, nous ne pouvons pas passer un nouveau cap aussi important. » Aujourd’hui, les caisses sont presque vides.
Il va y avoir du sport…
Cette association qui existe depuis plus de 40 ans propose une vingtaine d’activités socio-éducatives (théâtre, cours de musique, chant, danse, poterie, judo…) pour des prix raisonnables à Paris (240 euros l’année pour une heure). Cette baisse de financements remet en question les emplois et les activités proposées, assure-t-on à l’association. La structure compte une salarié permanente, 11 contrats en temps partiels et cinq prestataires (autoentrepreneurs artistes). Parmi les intervenants salariés, Catherine, comédienne et répétitrice pour l’ADASE depuis cinq années. La fermeture de l’association où l’arrêt de certaines de ses activités lui supprimerait une vingtaine d’heures par mois. Ce qui implique de retourner « à la pêche au travail », regrette-t-elle.
Mais loin de ne penser qu’à son cas personnel, Catherine craint la fermeture d’une association qui a une « réelle utilité ». Située dans le nord du Kremlin-Bicêtre (94), proche de quartiers populaires comme les Barnufles ou les Martinets, « tous les milieux » se côtoient dans ces activités se réjouit-elle, « des enfants en foyer, comme des enfants de militaires ». Un endroit de « vrai échange et de vrai partage » insiste-t-elle. « Il y a une réelle vie de famille dans l’association, renchérit Yannick. On voit les enfants qui se marient et les enfants des enfants viennent à l’association. » Catherine veut rester positive : « Je me bats pour l’ADASE, je refuse d’anticiper une possible perte d’emploi. »
Et pour survivre à la prochaine rentrée, l’association multiplie les actions : démarchage de nouveaux partenaires publics comme privés, dons, recherche de nouveaux adhérents… « Il y a un paquet de gens qui se sont préinscrits pour la rentrée, assure Catherine. Ils ne se sont pas dit ça va fermer donc on s’en va… Il y a une vraie fidélité des adhérents à l’ADASE par rapport à ses valeurs. » Afin de payer les prochains salaires, l’association conseillée par un dispositif local d’accompagnement va se mettre en redressement judiciaire et compte sur les cotisations de la rentrée pour relancer la machine. Une nouvelle saison qui s’annonce « sportive », souligne la présidente, « parce qu’il va falloir trouver des solutions pour ces emplois. »
Et la retraite ?
Si Nadège Chailleux veut bien entendre les contraintes économiques et la baisse de subvention appliquée par la mairie (MRC), elle lui reproche néanmoins « l’absence de négociation ». L’association demandait depuis plusieurs mois la rediscussion de la convention pluriannuelle de la mairie qui se terminait en 2013 et qui avait été reconduite en 2014. Un appel auquel la mairie n’a pas fait suite affirme Nadège Chailleux. Elle a simplement porté à la connaissance de l’association la nouvelle convention le 11 juin et a été votée en conseil municipal le 25 du même mois.
De plus, la présidente de l’ADASE refuse de signer ce nouveau texte car il évacue la question des retraites des employés de la structure. Jusqu’à présent la convention prévoyait la prise en charge des retraites, assure Nadège Chailleux. « En plus, la mairie nous a interdit de provisionner pour nos retraites », souligne Yannick. Secrétaire permanente de l’association depuis 1989, la bientôt sexagénaire s’inquiète pour l’avenir. « On n’a pas envie de perdre nos emplois, on est très attaché à l’association », explique-t-elle. Et reprend après un silence : « Je ne vois pas ce que je vais aller faire après. » Yannick en a gros sur le cœur. « Après tant d’années, tant d’investissement… Dans l’associatif on ne compte pas nos heures, on ne regarde pas à donner des weekends, des jours fériés », déverse-t-elle frustrée.
De son côté, la mairie assure que « ce n’est pas une décision politique ». Selon Didier Roussel responsable de la culture, sa ville comme l’ensemble des communes de France, a subi une baisse significative des aides de l’Etat. Pour le Kremlin-Bicêtre, cette coupe budgétaire s’élève à près de 80 000 euros. « La ville a décidé de supporter en interne le plus gros effort », explique l’élu. Pour le reste, c’est l’ensemble des associations qui ont vu baisser leur subvention municipale à hauteur de 15 à 30%. Un choix qui a été fait en fonction du nombre d’adhérents kremlinois dans les structures. Sur la question des retraites, l’adjoint à la culture affirme qu’il est « illégal» pour la mairie de prendre en charge les indemnités de départ. Didier Roussel insiste : « Ce n’est pas une décision pour pénaliser l’ADASE, c’est une décision contrainte et forcée. » Il n’hésite pas à rappeler tout l’intérêt qu’il porte à cette association, ses enfants ayant même participé à des activités proposées par celle-ci.
L’association se prépare donc à une rentrée difficile. L’ADASE envisage différentes actions de tractage et peut-être de manifestation. Une pétition circule sur internet. Mais les membres de l’association ne sont pas prêts à abandonner résume Yannick : « Tout le monde est sur le pied de guerre ! »
Charlotte Cosset

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