Passer son permis de conduire, c’est cher. Sur le papier ça ne coûte « que » 800 euros pour des séances de code illimitées pendant 6 mois et 20 heures de conduite. Sauf qu’en pratique, c’est tout autre chose. Entre le renouvellement du forfait code, parce que les six mois sont passés trop vite : 300 euros, la deuxième présentation à cet examen quand on ne l’obtient pas du premier coup : 200 euros, la souscription (facultative, mais souvent indispensable) à la plate-forme Internet « Prépacode » : 50 euros, le supplément d’heures de conduite : en moyenne 50 euros l’heure, le repassage de la conduite : 100 euros. Généralement le permis revient plutôt à 2000 euros, soit deux fois plus le prix du forfait initial.
Quand on est étudiant avec peu de moyens, c’est compliqué à assumer. Les parents aident parfois leur progéniture à le payer. Les concernés occupent souvent leurs premiers jobs étudiants pour le financer. Mais finalement qu’importe de quel compte en banque l’argent provient, l’acquisition du permis de conduire lui fait le plus souvent très mal.
Une fois le papier rose — du moins la carte plastifiée rose — en poche, le but est de conduire évidemment, et vite pour ne pas perdre la main. Seulement, là encore les dépenses sont conséquentes. Pour ceux qui souhaitent avoir leur propre voiture, il faut la financer et l’assurer. Pour ceux qui préfèrent débuter avec la voiture des parents, il faut tout de même souscrire à une assurance. Et pas n’importe laquelle : une assurance « jeune conducteur », soit l’assurance la moins rentable de l’histoire.
« 120 euros c’est environ un mois de paiement pour une assurance jeune conducteur »
Une autre solution s’offre à ces jeunes conducteurs : l’autopartage. Autour de moi, de plus en plus de jeunes utilisent ce mode de transport promu par les institutions à chaque pic de pollution : plus écologique et surtout plus économique.
Chez Autolib’, l’abonnement annuel coûte 120 euros, puis à chaque voyage la demi-heure d’utilisation revient à 5,50 euros. L’entreprise propose également des forfaits au mois, à la semaine ou à la journée. « 120 euros c’est environ un mois de paiement pour une assurance jeune conducteur » constate Yasmine qui a obtenu son permis il y a quelques mois. Après avoir retourné le problème dans tous les sens, elle a choisi de souscrire à un abonnement chez Autolib.
Elle habite Rosny-sous-Bois et est étudiante à Paris Diderot, dans le 13e arrondissement : « généralement je vais à la fac en transports, mais le mardi je quitte à 21 heures et après une longue journée, les transports ce n’est pas génial donc je prends une Autolib ». À choisir, il est plus agréable de rentrer assis et à l’abri des odeurs nauséabondes du métro parisien, surtout en fin de journée. De plus, Yasmine m’explique qu’une station Autolib’ est implantée juste à l’entrée de son université. À Rosny, la station la plus proche de chez elle est à cinq minutes à pied.
En banlieue parisienne, la « bluecar » prend de l’ampleur. D’après les derniers chiffres, le concept des Autolib’ s’est développé dans une trentaine de villes du département des Hauts-de-Seine et dans une vingtaine de villes de Seine-Saint-Denis, alors que dans les Yvelines, l’Essonne ou encore dans le Val-d’Oise, les stations se comptent sur les doigts d’une main.
L’implantation des bornes Autolib’ dépend des municipalités et de la communauté d’agglomération à laquelle elles appartiennent. En Seine-Saint-Denis, des villes telles que Saint-Ouen, Montfermeil ou encore Chichy-Sous-Bois ont choisi l’implantation d’Autolib’.
« Je vendrai ma voiture de suite »
À l’inverse, des communes comme Le Raincy, Pavillons-sous-Bois ou encore Bondy n’ont pas encore passé le cap. Pourquoi ? Les habitants s’interrogent et s’impatientent : « si demain ma ville décide d’installer ne serait-ce qu’une station Autolib’, je vends ma voiture de suite » ai-je entendu.
« Je travaille à Paris et j’y vais tous les jours en voiture. Ça me coûte assez cher en essence et surtout en réparation puisque le stationnement étant compliqué, ma voiture est sans cesse abîmée. Il y a des bornes Autolib’ à tous les coins de rue à Paris, mais pas dans ma ville de résidence donc je ne peux pas souscrire à un abonnement, je la rendrais comment la voiture après ? » s’interroge Karim, habitant de Pavillon-Sous-Bois.
Certaines municipalités du Département que j’ai contacté (Pavillons-sous-Bois, Aubervilliers, Drancy, Le Blanc-Mesnil…) m’ont affirmé que l’implantation de l’Autolib » est une décision politique relevant d’un investissement financier important. Effectivement, si les voitures et le service sont pris en charge par l’entreprise, la municipalité doit payer l’installation électrique de la station, un coût qui est visiblement considérable.
Ali Zahi, conseiller municipal à la ville de Bondy, délégué à la vie économique et impliqué dans la fabrique du Grand Paris explique : « lorsque le projet a commencé à s’installer dans le département, ça ne faisait pas partie des priorités de la ville et ça ne l’est toujours pas pour des raisons purement financières ». Conscient de la demande des habitants, il rappelle que la priorité à Bondy c’est l’éducation. Au service urbanisme de Pavillons-sous-Bois, l’Autolib’ est un terme qui ne semble même pas faire partie du vocabulaire courant des responsables du développement urbain : « ce n’est pas envisagé, on en parle très peu » me confie-t-on.
Si l’Autolib’ a trouvé sa place dans la capitale depuis déjà quatre ans, elle la cherche encore dans un grand nombre de villes de la petite couronne. Pour des raisons politiques ou financières, l’écologie et les transports sont encore mis au second plan, au grand regret des jeunes conducteurs.
Sarah Ichou

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