Ça y est, j’ai un Bac +5 en recherche des industries médiatiques et culturelles. Je suis censée être la femme la plus heureuse du monde et pourtant… j’ai l’impression que c’est tout le contraire. J’en ai tellement rêvé de ce jour, la fin de mes études, entrer enfin dans la vie active, trouver un emploi qui corresponde à ce que j’ai étudié depuis mon entrée dans la vie étudiante. Pour autant, j’ai toujours su que cela n’allait pas être si facile. Le chômage, la crise, cette autre réalité qui allait m’ouvrir ses portes dès le jour où j’aurai quitté la fac.

Je ne sais pas comment décrire tout ce que je ressens en moi actuellement. Un mélange de fierté, d’avoir réussi et terminé mes études sans jamais avoir redoublé. Et cette déception, cette angoisse de ne pas trouver de travail. C’est mon moral qui en prend un coup. Souvent de mauvaise humeur, énervée de regarder le temps défiler sans que rien de concret ne se passe.

Mon temps, je le passe à envoyer des tonnes de CV quotidiennement, sans réponse. Ou alors la réponse très fréquente, celle qui annonce que ma candidature n’a pas été retenue. En même temps, vu les profils recherchés, cela n’a rien d’étonnant : 5 à 10 d’expérience, savoir manier tel et tel logiciel, être spécialiste dans un domaine en particulier, avoir toutes les qualités qu’un être humain puisse avoir sur Terre, être bilingue, et j’en passe ! À moins d’avoir un coup de piston, trouver du boulot pour un jeune diplômé est devenu un véritable marathon. C’était déjà le cas pour se trouver un stage, des offres hallucinantes où des sociétés recherchent des étudiants diplômés, disponibles à temps plein (parfois pour des durées de six mois) ayant les mêmes qualifications qu’un individu à la recherche d’un emploi. Recherche de stage, recherche d’emploi : même combat !

Après avoir vu mes parents tant se sacrifier pour que leurs enfants fassent des études supérieures, mon rêve était de subvenir à leurs besoins à mon tour. Lire la fierté dans leur yeux en ayant un bon emploi. Aujourd’hui, je me vois contrainte de rechercher un petit boulot, des stages même ! Le plus difficile c’est d’annoncer à son entourage que je recherche un stage, pour me former davantage, me faire des contacts, me constituer un réseau, anticiper un futur contrat, un CDD, un temps partiel, peu importe ! «  T’as fait toutes ces études pour refaire un stage ! Tu ne peux pas chercher un vrai travail ! Tu vas être payée combien ? 400 euros par mois  c’est ça ! Toutes ces études pour ça ! » Voilà ce qu’en pensent certains dans mon entourage. Je partage aussi leur opinion mais la réalité est que je ne peux pas rester sans rien faire. Et malgré mes diplômes et le nombre de stages que j’ai déjà effectué, c’est une des seules solutions.

Avec le recul, je me dis qu’un jour mon travail portera ses fruits. Il y a des situations bien pires ailleurs et je suis loin d’être la seule dans ce cas. C’est mieux que rien, mais ça ne m’enchante pas non plus. Ai-je le choix ? Non, mais en attendant, on verra bien ce que l’avenir me réserve.

Imane Youssfi

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