Pendant mon seul jour de repos de la semaine, je croise Samir que je n’avais pas vu depuis près d’un mois. Il n’a pas changé. Il porte toujours ses 90 kilos du haut de son mètre quatre-vingt-dix. La discussion tourne autour du quotidien. Il me demande si ça se passe bien avec mon école et mon travail. A mon tour, je le questionne sur ses projets à venir. Il me raconte que c’est un peu la galère, qu’il ne trouve rien à faire, mais qu’il y a une semaine, il s’est rendu à la boucherie de son oncle. Depuis, faute de mieux, il a décidé de faire une formation en alternance de boucher. Ce sera facile pour lui puisque l’entreprise, il l’a déjà trouvée, chez son oncle.

Il y a juste un petit hic mais il pense qu’à la longue, ça s’arrangera. La dernière fois qu’il s’est rendu à la boucherie de son oncle, il est arrivé en plein abattage d’un mouton. Au moment où l’animal a été égorgé, un jet de sang a éclaboussé le baggy de Samir. Devant son oncle, Samir est resté sans bouger, fier, l’air de dire « ça ne me fait rien de voir tant de sang ». Discrètement, il s’est éclipsé dans les toilettes pour « vomir ses tripes » comme il me le dit si bien. Lui, l’armoire à glace, n’a pas supporté de voir du sang, cela lui a retourné l’estomac.

Ma question a été de savoir comment il allait gérer ça au quotidien s’il se lance dans ce métier, parce qu’un boucher qui ne supporte pas le sang, c’est comme un boulanger qui ne supporte pas la farine. Il m’a répondu : « Je n’ai rien trouvé d’autre que ça et il y a de l’oseille à se faire dans ce métier. » Je vous donne donc rendez-vous dans quelques temps pour vous dire si Samir se fait à la vue du sang et si le métier de boucher est devenue sa vocation.

Idriss K

Idriss K

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