Bondy outragé ! Bondy martyrisé ! Mais Bondy libéré ! Il y a 66 ans, le 25 août 1944, la mère patrie fut délivrée du joug allemand, encore une fois. Cent trente ans plus tôt, en 1814, quand les Prussiens en voulaient à notre empereur, ils avaient installé leur quartier général au château de Bondy . En 1870 notre belle église a brûlé sur leur passage, et en 1914 un ou deux des obus de la grosse Bertha nous avaient frôlés. Mais, ils n’auront ni l’Alsace, ni le Parc de la mare à la Veuve ! Un peu grâce aux Noirs de l’armée d’Afrique, l’un des fers de lance la 2e DB du général Leclerc, qui libéra aussi la petite bourgade d’à côté : Paris.

Une bonne occasion pour nous d’inviter les tirailleurs sénégalais du foyer Sonacotra de Bondy à rompre le jeûne du ramadan avec leurs amis, frères et mécréants, du Bondy Blog. Ils sont parmi nous, ce vendredi soir, à 20h50 précises, superbes dans leur dignité de vieux guerriers, flamboyants au crépuscule de leur vie tel un couché de soleil sur la baie de Dakar – c’est connu les Noirs vieillissent bien – mais si humbles en dépit des sacrifices qu’ils ont consenti pour la France.

Mamadou le guerrier et ses compagnons en ont gros sur le haricot. « Sans les combattants d’Afrique, la France serait peut-être allemande », dit-il avec un ton plus proche du griot africain que du vieux soldat aigri. « Nous les Noirs, nous sommes mal vus en France », ajoute l’un de ses compagnons. Mamadou, qui sent que c’est en train de tourner au procès, lui donne de légers coups de coude et, reprenant la parole, clame : « Le peuple français ne nous veut pas de mal, c’est avec le gouvernement que ça ne va pas. »

Pour ces hommes, le repos du guerrier, c’est neuf mètres carré au foyer Sonacotra de Bondy. Et la revalorisation de leur pension d’anciens combattants, promise par Chirac, très regretté selon les sondages allez savoir pourquoi, ne s’est toujours pas manifestée dans leur porte-monnaie. Nicolas Sarkozy, suivant un avis du Conseil constitutionnel rendu en mai, a toutefois annoncé que, dès la prochaine rentrée parlementaire, un projet de loi serait présenté en vue d’aligner les pensions servies aux anciens combattants avec un taux unique, indépendant de la nationalité et du lieu de résidence. Qui vivra verra. Faites vite quand même, hein, 83 ans, il a le plus vieux et il touche des ronds de carottes.

L’histoire de ces hommes est transmise à la jeune génération du Bondy Blog, qui écoute leurs récits avec beaucoup d’attention. L’un d’eux nous apprend que les tirailleurs sénégalais n’étaient pas tous sénégalais et qu’ils portaient ce nom-là parce que le Sénégal était le centre de l’Afrique équatoriale française. Toute émue, Juliette, notre bloggeuse, leur parle en wolof, une des langues du Sénégal. Juliette ? Ou peut-être est-ce de Bintou qu’il s’agit ! Ah ! Ah ! Enlève ton masque, Fantômas ! Bon sang, les métis, c’est des caméléons, partout ils sont comme à la maison, même à la Maison Blanche.

Reste que pendant une heure c’est la bonne humeur autour des tables. Dattes et bonne souplette sont à volonté ce soir, c’est la Chorba pour tous qui régale ! C’est gratuit, c’est meilleur, c’est donc Byzance dans mon bidon. Le thé et les gâteaux servis par nos plus belles blogueuses finissent de ravir ces anciens combattants et moi-même. « Va me chercher du thé esclave », je lance à Faiza ou Widad, je sais plus, avant de me manger une grosse droite dans ma joue gauche. J’oubliais qu’il y a eu la journée de la gonzesse, il n’y a pas longtemps.

Avec la nuit et le ventre plein, les tirailleurs sénégalais nous quittent, les bras chargés de victuailles et la bouche remplie de reconnaissance pour cette soirée organisée en leur honneur. Tout le plaisir était pour nous.

Idir Hocini

Idir Hocini

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