Pour aller travailler beaucoup prennent les transports en commun. Que ce soit le train, le tramway ou le bus nous subissons tous et toutes les sautes d’humeur des uns et des autres de bon matin le temps de quelques stations. Dans le bus 143 qui effectue le trajet entre la Courneuve et Rosny sous-bois, il y a de sacrés phénomènes et je suis bien placé pour vous en parler.

Je m’appelle Christian et je suis le chauffeur de ce bus. Si vous avez tendance à vous plaindre des voyageurs qui rouspètent, des odeurs trop fortes et de la petite qui passe son temps à chouiner, mettez-vous à ma place, moi qui doit subir ces contraintes toute la journée.

Attendez une minute, on me demande un ticket. C’est Mme Souaré. Je ne comprends toujours pas sa démarche : elle prend le bus deux fois par jour mais elle n’a jamais voulu acheter un carnet de tickets ou se faire un pass Navigo. Ce n’est pas faute de lui avoir proposé et ça me faciliterait la tâche. En plus il coûte cher ce petit bout de carton, 1 euro 70 ! Est-ce que vous vous rendez compte qu’à la bonne époque je m’achetais mon sandwich du midi avec ma bière, un croissant, une bouteille d’eau, bref je mangeais avec 1 euro 70, maintenant on achète un ticket de bus !

Enfin bon Mme Souaré c’est une maman africaine qui élève six enfants et qui travaille dur pour leur payer des études. Je la dépose tous les matins devant cette petite entreprise de comptabilité à Noisy-le-Sec où elle est secrétaire. Elle fait partie de la minorité de passagers que j’apprécie, même si elle est chiante avec ses tickets. Mais à force je m’y suis fait !

Il est déjà 11h35. C’est l’heure où les lycéens sortent du lycée Jean Renoir. Allez hop c’est parti pour un ramassage scolaire et un trop plein d’énergie ! Tiens voici Yanis, il a quitté les cours plus tôt ; habituellement il finit à 12h30 le mardi. Yanis c’est le Tombeur, avec un grand T. Il fait craquer toutes les filles avec son style ravageur, sa coupe soignée au gel et son sourire ultrabright. Si je le sais ce n’est pas parce qu’il me raconte sa vie. Non du tout, il ne me connait pas ! Il me dit seulement bonjour et sans même me regarder. Non si je sais tout ça c’est juste que lui et ses amis ne sont jamais trop loin de ma cabine et comme tout jeune qui se respecte ils se racontent toutes leurs aventures et mes oreilles ne sont jamais trop loin.

Sa dernière conquête se prénomme Ambre et d’après ce que j’ai pu entendre elle n’est pas à Jean Renoir. Mais apparemment ils sont déjà allés au centre commercial Rosny 2, celui qui est sur ma route, mais ce n’était pas moi sur cette tournée là. Dommage, je n’ai pas vu les tourtereaux !

Ah c’est vrai ! J’oubliais que le mardi il y a le marché à Bobigny, ah quelle galère pour moi. Il faut que slalomer entre les camions, les gens qui traversent n’importe comment et à l’arrêt Chemin du tonneau, le plus proche du marché en question, une vingtaine de passagers m’attendent.

Parmi eux, il y a Muguette, 86 ans qui est fidèle au poste tous les mardis à la même heure depuis plusieurs années. Muguette n’est pas une de ces mamies ultra sympa qui vous font des confitures, non elle c’est plutôt la rebelle de service qui s’énerve pour un rien. Dès qu’elle grimpe dans le bus vous êtes sûr que le ton va monter parce qu’une dame ne veut pas lui céder la place, qu’il y a trop de poussettes ou alors qu’un jeune a trop monté le son dans son casque Beets Dr Dree à 280€.

Je vais m’arrêter là parce que c’est ma pause déjeuner et chez moi la gamelle ça ne rigole pas.

Sarah Ichou

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