Une demi-heure avant le rassemblement, les ex-employés de Goodeyear sont déjà là, arborant des tee-shirts blancs avec l’inscription « nous sommes tous les 8 goodyears ». Un peu à l’écart, ils discutent entre eux, vont et viennent dans cette place de la Nation toute bariolée de rouge et de blanc ; drapeaux cégétistes. Place cernée de quelques fourgons CRS rangés en ordre de bataille et trois-quatre voitures policières aux sirènes luminescentes, mais muettes.
On est des syndicalistes pas des terroristes 
Un groupe de militant CGT font le tour de la place et répètent dans le mégaphone « On est des syndicalistes pas des terroristes » sorte de leitmotiv qui sera égrené tout au long du rassemblement. L’un des militants CGT s’arrête portant un regard circulaire sur la place, il constate  « on est plus de trois cents, là pour le moment, et il est encore pas l’heure », hampe de drapeau rouge sur l’épaule, il poursuit « et il reste encore beaucoup de monde qui doit arriver » et ils arrivent en effet, les manifestants, ils emplissent la place de la Nation depuis les rames de métro successives et le RER A ralenti par un mouvement de grève, tout se rejoint.
Et parmi cette foule qui se masse, commence de fleurir au milieu des drapeaux les pancartes brandies. Seul, silhouette fine, Jean Baudon, musicien, exhibe sa pancarte, il fait le tour de la place, il est là en soutien aux employés Goodyear pour « défendre les droits de l’homme » et comme tous ici contre la criminalisation de l’action syndicale, contre le système pénal en général, il martèle « parce ce qu’il faut savoir c’est que la prison c’est un aveu d’échec et la prison c’est en contradiction avec la République, ce qu’il faut réaliser aujourd’hui c’est qu’un autre monde est possible, oui, ce n’est pas une utopie. »
Pas loin de Jean, mains dans les poches, casquette PSG et boucles d’oreilles à l’effigie du blason du club, Patrick, du haut de son mètre quatre-vingts domine la foule, cet employé de poste est là en soutien aux Goodyears évidement, « y a pas eu de violences physiques, y a rien eu, les média ils disent séquestrations, c’en était pas une, ils ont juste retenu le DRH et le directeur de production dans les locaux de l’usine et puis c’est une première qu’il y ait comme ça de la prison ferme pour des syndicalistes… ». Et justement Patrick est là aussi contre ce « contexte global du monde du travail qui se dégrade, cette incertitude, d’insécurité on a l’impression que le licenciement il peut arriver à tout moment, que personne n’est à l’abri ».
Il faut déclarer l’état d’urgence social
Au pied de la scène, Gabrielle, étudiante en lettres, évoque l’état d’urgence, elle avait manifesté contre samedi dernier, elle ne peut s’empêcher de faire le rapprochement entre cet état d’urgence et puis la criminalisation du syndicalisme ; des propos qui font échos à ceux tenus quelques instants plus tard par Jawad Mahjoubi (Secrétaire général CGT Mairie de Longwy, 54) « Il faut déclarer l’état d’urgence sociale ! ». Des représentants syndicaux défilent sur scène, parmi eux Laura Pfeifer inspectrice du travail condamnée dans l’affaire Tefal, elle dénonce les attaques qui s’intensifient contre les lanceurs d’alerte, les représentants syndicaux et les inspecteurs du travail… tandis que la foule scande et crie ce mot d’ordre « stop à la criminalisation du syndicalisme ». Renaud, la trentaine à peine, lui, estime que « condamner les Goodyears, c’est justifier la répression et défendre les employeurs » et ça participe de ce climat de défiance envers l’action syndicale.
rassemblement goodyear 135Sur l’estrade c’est justement leur tour à eux, aux huit ex salarié de Goodyear de raconter leur histoire, la parole est à Mickael Wamen il raconte leur coup de colère et leur détresse sociale à la fermeture de l’usine pneumatique d’Amiens-nord, son choc aussi lorsqu’il a vu débarquer chez lui à huit heures du matin la police ensuite la peine requise contre lui et ses camarades…
Licenciés pour fait de grève
Et derrière la scène les employés d’ID logistique déploient leur banderole sous l’objectif des caméras et des appareils photo, Garcia Nelo, le délégué syndical, raconte leur lutte, cette société ID Logistic en charge du stockage des denrées puis du chargement des camions du groupe Intermarché voulait malgré les bénéfices importants « continuer d’augmenter la productivité sans recruter et augmenter la productivité sans recrutement c’est mettre en danger la santé des salariés, prendre des risques, du coup on a été 35 salariés à se mettre en grève qui a duré 11 jours à Lisses (91), une grève que l’entreprise a jugé abusive, donc 35 salariés ont été licenciés pour ce motif ».
14 heures la place de la nation se vide, ils étaient 10.000 manifestants selon la CGT, 4.000 selon la police à s’être rassemblés pour la relaxe des ex-salariés de Goodyear.
Ahmed Slama

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