N’ayant pas les moyens d’entrer en école de commerce, Mourad a opté pour un master en alternance. Une fois l’entreprise trouvée, après de multiples entretiens, l’inscription à l’école n’était plus possible, car trop tardive, de quoi entamer sérieusement sa motivation et son projet de devenir contrôleur de gestion. Il vient à peine de trouver une école et une entreprise en alternance, dans laquelle il est en essai jusqu’au 27 octobre. Récit.

« T’es bien habillé dis-donc ! ». Je taquinais mon ami en costume quand celui-ci me rétorqua « Comme d’habitude ! Je suis en costard un jour sur deux ! J’ai fait 15 entretiens, tu te rends compte 15 entretiens ! ». Mourad a un DUT (Diplôme universitaire technologique) Gestion des entreprises et des administrations, et une licence Economie-Gestion. Il est à la recherche depuis plus de deux mois d’un Master Contrôle de gestion en alternance, n’ayant pas les moyens financiers d’aller en école de commerce.

Dépassé et désespéré, il réussit les concours de l’INSEEC avec succès, l’école ordonnant d’avoir une alternance avant le 29 août, sinon plus de réception de dossier. Il enchaîne donc les entretiens : « L’après-midi je suis en entretien le soir je fais la fermeture au McDo jusqu’à 3 heures. Je n’ai pas le temps de respirer, les vacances, je n’en demande pas. Je veux juste qu’une entreprise me rappelle. J’ai beau les relancer les réponses sont bien souvent négatives, bien qu’à l’entretien bizarrement, ça se passe toujours bien… ! Si je ne trouve pas d’alternance, je ne sais pas ce que je ferais de mon année, peut-être finirais-je assistant de gestion ? »

Mourad est depuis toujours, quelqu’un de déterminé et motivé. Ses résultats scolaires sont bons et son cursus réfléchi, en adéquation avec ce qu’il compte faire. Il ne comprend pas, les entreprises lui disent qu’elles recherchent son profil, mais avec plus d’expérience. « De l’expérience pour un contrat d’apprentissage. Je n’arrive pas à comprendre… » s’indigne-t-il.

Enfin le 1er septembre, après 3 entretiens dans différents services et deux interminables mois d’attente, Generali (assurances) estime que Mourad peut prétendre au poste de contrôleur de gestion en Alternance. Cependant l’INSEEC ne l’entend pas de cette oreille, le dépôt des dossiers s’est terminé le 29 août. Et c’est non négociable, déplacements à l’INSEEC en vain, le service des admissions ne prend pas les étudiants au-delà de la date limite.

Donc après avoir eu l’accord de l’entreprise, Mourad se retrouve contraint à chercher une école. L’entreprise patiente mais : « Si dans un mois je ne suis pas pris en école de commerce, et bien Generali ne pourra pas attendre, et il y aura une annulation de notre accord. Je devrais donc par dépit arrêter l’école au moins un an.» Il stresse, désespère, devient désagréable, a l’impression qu’il ne s’en sortira pas. Le comble c’est qu’il trouve une session d’admission dans une école le 4 septembre, mais oubli sa convocation et se perd sur le chemin, me demande un itinéraire d’urgence… Il s’en veut : « Je suis qu’un trimard, je suis bête, c’est entre mes mains et je laisse tout s’échapper. »

Il se rend en retard, est refusé, demande une nouvelle date si possible avant octobre. Je l’accompagne à la bibliothèque il se prépare, révise l’anglais et les mathématiques, espère à tout prix qu’en 2 semaines il aura le niveau d’admissibilité… Il demande à Generali de patienter, explique la situation, se trouve dans une difficulté où il doit faire preuve de tact et de diplomatie, il s’en sort grandi. « Avant cette expérience, cette recherche, je ne me rendais pas compte, je ne savais pas qu’à un certain niveau d’études il devient dur de continuer. La sélection et rude et dans le milieu de l’entreprise, sans piston, il est difficile d’avoir un entretien. Encore plus quand l’entreprise estime qu’il faut déjà de l’expérience au sortir d’une licence, juste pour effectuer un master. Demain j’ai mon ultime concours, si je suis pris, je pourrais effectuer mon master en alternance et avoir une bouffée d’air frais, j’ai trop galéré. Sinon, je ne sais absolument pas ce que je vais faire de ma vie, je veux être contrôleur de gestion, je m’en donne les moyens… ».

Parfois la volonté ne suffit pas, comme Bourdieu nous a informé, il y a différents capitaux que possède l’humain à sa naissance, malheureusement beaucoup d’entre nous manquent des capitaux économiques et culturels légitimes dans cette société. Dire que c’est faux, que le réseau des parents n’est pas important en France serait mentir.

« Quand je cherche du travail dans le tertiaire, on aime me prendre. On ne me dit pas non quand je veux être hôte de caisse à côté de mes études, mais quand je veux faire contrôleur de gestion, j’ai l’impression que ça dérange… que ce n’est pas ma place ». Nous voyons à travers cet exemple, que la détermination, la volonté et les diplômes parfois n’amènent pas à ce que l’on veut, et que les portes se ferment malgré nous. Soulever ce sujet est important dans une France qui prône des valeurs égalitaires, égalitaires en droit certes mais pas en fait. « Y’a des jeunes motivés comme moi, qui se donne à fond dans ce qu’ils font et qui cherchent à réussir et qui n’y arrivent pas, d’autres qui s’en fichent de l’école et continue pour papa-maman. Ça me rend fou ! Avec ma licence je vais finir assistant de gestion ? Ce n’est pas ça que je veux, je veux être contrôleur de gestion !».

Comment relancer la croissance si pour de la « paperasse », des problèmes administratifs des jeunes se voient retourner à zéro. Mourad avait l’école et l’entreprise, Generali a accepté le 1er septembre, mais l’INSEEC a estimé que le 29 août était la date limite. Donc, un problème se pose, pour deux jours d’écart, il est contraint à vivre dans la détresse et cherche une école en septembre. Mourad ne maîtrise pas la date de la réponse de Generali, il ne maîtrise rien en réalité, et est victime du bon vouloir des écoles et des entreprises. Lui qui ne demande qu’à poursuivre ses études et s’instruire. Passionné d’économie, de gestion, de finances, il réfléchit à faire une formation d’agent d’escale, car « je connais quelqu’un à l’aéroport ».

Sonia Bektou

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