5h45 du matin. Versailles dort encore… pas Mickäel. Emmitouflé dans son manteau, il est en route pour le travail. Dans un quart d’heure, il prend son poste « en boulange », où il fera des centaines de baguettes. Un métier éprouvant qui, malgré les apparences, n’est autre que son billet pour l’Australie. A 24 ans, il vient de reprendre un CAP. « Pour ouvrir une boulangerie en Australie», explique le jeune homme. Rêveur ? Non, pragmatique. En 2006, il est parti là-bas pour perfectionner son anglais.  Sydney, Melbourne, Brisbane, Perth…

Pendant un an, un « working holidays » en poche (visa d’un an), Mickaël a écumé le pays, en bossant ici et là. Avec une simplicité déconcertante. « Le lendemain de mon arrivée, j’ai pu ouvrir un compte en banque avec seulement 10$ et une pièce d’identité.  Côté paperasse, rien à voir avec la France ! », se souvient-il.  Quant au travail, « tu peux sans problème trouver un job qui te permette de vivre tout à fait correctement », ajoute-t-il.  Non pas que l’Australie soit la nouvelle terre promise, mais le contexte économique y est nettement plus favorable qu’en Europe. « Le pays est en pleine croissance, il n’y a quasiment pas de chômage [environ 5%]. Les Australiens sont en train de vivre leurs « Trente glorieuses » », résume Mickaël.

Si l’on ajoute à cela des étendues sauvages, des plages et des paysages à couper le souffle…. On comprend pourquoi l’Australie a tellement la côte chez les jeunes Français. Et il semblerait que, d’une certaine manière, la France séduise aussi les Australiens. « Là-bas, les restaurants et les boulangeries françaises sont réputés, parce qu’ils sont synonymes de qualité, de savoir-faire et de luxe », se souvient le jeune homme.  En bref, la french touch rapporte. Ce qui ne lui a pas échappé …

« Cette idée a germé pendant mon voyage », explique-t-il. Pourtant, une fois en France, il met son projet de côté et cherche un boulot en lien avec ses études – un IUT (Bac +2) de gestion. Vente, immobilier… il enchaîne trois postes en deux ans. Marché de l’emploi en berne et galères de logement auront raison de sa motivation. Après avoir mûrement réfléchi, il franchit le pas et s’inscrit pour un CAP d’un an en boulangerie, suivi d’un CAP en pâtisserie. Pour mieux s’exporter dans l’hémisphère sud. « J’ai l’impression d’avoir plus d’avenir en Australie qu’en France. Ici, c’est vraiment compliqué de réussir. Et puis créer ta boîte te coûte beaucoup plus cher », estime-t-il. Une chance, son domaine d’activité fait partie des secteurs porteurs en Australie, comme dans beaucoup de pays d’ailleurs.

Alors, en attendant de faire des croissants pour les Australiens, il peaufine son projet. « Je compte m’installer à Brisbane. Il y a de bonnes conditions de vie et 2 millions d’habitants, donc un bon potentiel pour la clientèle », explique-t-il.  Il sait même ce qu’il emmènera comme bagages. « Juste un sac à dos.  Une fois là-bas, je ferais venir des colis pour le matériel informatique ou ce genre de chose ». Pour autant, Mickaël sait qu’il reste des zones d’ombres dans son aventure. « Il faut que je me renseigne sur le matériel de boulangerie que je pourrais trouver sur place, notamment les fours ». Quant au visa, il doit encore étudier la chose de près. « Comme je ne pourrais pas obtenir de working holidays, il faut que je trouve une boîte qui me fasse une demande de visa sponsorisé, renouvelable, puis une demande de visa permanent », explique-t-il.  Il le sait, le voyage sera long. Seule certitude : « D’ici cinq ans, je suis en Australie ».

Aurélia Blanc

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