Les témoignages d’anciens employés sur les pratiques discriminatoires qui auraient court dans certains magasins LIDL se sont multipliés ces derniers jours. Ils  ont conduit à la mise en garde à vue de deux cadres du hard discounter allemand. Aujourd’hui, Charles*, ancien responsable de réseau dans les Hauts-de-Seine, nous confie ces documents (voir photo), censés apporter la preuve de ces agissements. Sur une copie d’un titre de séjour, appartenant à une candidate au poste de caissière, la mention « vie privée et familiale » est surlignée au stabilo. En dessous, un post-it indique à Charles, qui voulait la recruter, l’impossibilité de faire la DUE, la déclaration Unique d’embauche destinée à L’Urssaf. Le Post-it du dessous commande, plus qu’il ne conseille, au responsable, de mieux contrôler les pièces du dossier.

« C’est Nathalie*, l’une des trois employées du service du personnel à Barbery en Picardie qui a écrit la note, à la main », précise Charles, puis ajoute : «  Elle m’a rappelé, sur un ton docte, que depuis le temps je devrai pourtant savoir que LIDL ne recrutait plus ce type de titre de séjour ! Elle ne voulait plus que je lui transmette des dossiers comme celui-ci ; elle m’en a donc noté les raisons sur un Post-it et surligné la mention ‘vie privée et familiale’ pour que je n’oublie plus ».

A croire Charles, des dossiers comme celui-ci, lui, les syndicats et les anciens responsables de réseau en possèdent plus d’une centaine au total. « La candidature de Fatima n’est pas un cas isolé», précise-t-il. «Certains sont entre les mains d’avocats et d’autres chez SOS Racisme. Ils prouvent qu’il y a bien eu discrimination à l’embauche sur la direction régionale de Barbery », avance Charles.

D’après l’ancien responsable de réseau, LIDL rencontrerait des difficultés à recruter suffisamment dans la région. Le métier de caissier employé libre-service étant difficile, les candidats ne se bousculeraient pas. Charles assure que « les consignes discriminatoires que nous avons reçues ont empiré la situation. En Ile de France, il faut savoir que 3 candidatures sur 5 arrivant sur les bureaux des responsables de réseau sont celles de personnes titulaires d’un titre de séjour ‘’vie privée et familiale’’».

Charles déplore encore : « Fatima (ndlr : dont le dossier aurait été apparemment discriminé. Voir photo) correspondait parfaitement aux critères de sélection pour un poste de caissière-employée libre-service. A cette période, j’avais un important besoin en main d’œuvre sur plusieurs de mes magasins. C’était critique. Pourtant, le dossier n’a pas été retenu par le service du personnel ».

Les raisons que LIDL aurait de pratiquer cette forme de discrimination ont été évoquées  dans un article précédent par Fatiha Hiraki, chef de magasin et déléguée syndicale UNSA : « Recruter des étrangers avec ce type de titre de séjour exige un personnel dédié au sein du service des ressources humaines. Les échanges avec les préfectures et l’OFII, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, sont nombreux et entraînent un surplus de travail. De plus, cela demande une certaine gymnastique dans les emplois du temps du personnel car lorsqu’un salarié étranger doit renouveler son titre de séjour, il ne peut plus travailler et cela peut durer de quelques semaines à plus d’un mois », précise-t-elle.

Le directeur régional de Barbery, dont dépendent les magasins d’Ile-de-France, l’Oise et l’Aisne ainsi que le responsable achats sont attendus le 18 août au tribunal correctionnel de Senlis. Le 28 juin, tous deux avait été placés en garde à vue dans les locaux de la Police judiciaire de Creil pour discrimination  à l’embauche; accusations qu’ils ont réfutées.

Mona Choule

*Les prénoms ont été changés

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