A mon arrivée aux 14e Rencontres pour l’emploi de Saint-Denis, je tombe sur une foule immense, hétéroclite, dans un espace faisant penser à un labyrinthe. Des visages aux expressions diverses se croisent : curiosité, lassitude, motivation… D’après ce que j’ai pu recueillir auprès des exposants, les profils actuellement recherchés sont majoritairement techniques. C’est le cas chez Veolia Environnement, ENTRA (entreprise ayant comme base de métier l’éclairage public ou la signalisation) ou encore chez GEIQ IDF, qui propose des métiers dans les BTP (maçons, coffreurs, ouvriers…).

La crise ? Les avis sont unanimes : la crise a eu un impact, certes, sur les recrutements, mais le plus dur est passé. Certains confient même que tout a été fait pour éviter les licenciements ou les limiter. D’autres, que « la crise n’a pas du tout eu d’effet » sur leur activité : « Dans le domaine des transports, nous ne l’avons pas ressentie car les recrutements sont très diversifiés », dixit une représentante de ce secteur.

Les représentants de la Gendarmerie nationale rajoutent que « lorsqu’il y a crise, les gens se rabattent sur la fonction publique. De plus, nous recrutons dans quasiment tous les secteurs d’activité, de la sécurité publique en général, aux emplois particuliers : agents administratifs, techniques, employés de restaurants, mécaniciens, agents d’accueil, agents immobilier, etc. » La responsable RH de BNP Paribas se vante du fait que sa banque « est l’une des rares à avoir anticipé la crise, à avoir résisté à celle-ci. Nous faisons partie du trio de banques au niveau mondial et nous sommes au niveau européen ! »

« Au Consortium Stade de France, la crise a plutôt touché nos clients, explique l’exposant. Etant plus dirigé dans l’événementiel, nous essayons de nous adapter pour faire face à la pénurie de clients. » Pour Emploi 93, agence de travail temporaire, et Veolia, les recrutements ont contraint à « supprimer tous les recrutements en lien avec l’administration » et à « se focaliser en priorité dans l’optimisation des ressources en interne, dans l’évolution, la promotion, les formations… »

Après un rapide tour d’horizon des exposants, je m’attaque aux visiteurs. J’essaie d’interpeller les moins « speed », j’y vais au feeling, pour ne pas les freiner dans leur course à l’emploi. Ils sont dans la tranche d’âge des 20-30 ans, ont des profils variés et sont là soit « pour changer », soit « pour trouver un CDI », ou suite à « une rupture de contrat en CDD », ou parce que « mon ami m’en a parlé après avoir été lui-même pistonné par sa conseillère de C3 Consultant ».

La restauration, la vente et les bâtiments sortent leur épingle du jeu dans les secteurs recherchés. Pour le bâtiment, les candidats se plaignent d’un manque de stands, ce qui est peut-être dû au fait que les entreprises de ce secteur sont pour la plupart engagées dans des chantiers et n’avaient le temps de s’impliquer dans ce forum.

La plupart de ces « candidats à l’emploi » ont déposé au minimum un CV mais l’optimisme quant à la suite du traitement de leur candidature les laissent perplexes : « Eh bien, j’en ai déposé un, ils disent qu’ils vont traiter les candidatures et qu’ils nous recontacterons, on verra bien… » D’autres candidats, en quête de « changement » ou « d’un CDI » se veulent optimistes : « Nous sommes embauchées en ce moment, mais on n’en peut plus, on veut changer franchement, mais toujours dans la vente », explique K., venue accompagnée de sa copine. F., elle, est plutôt confiante car elle n’a pas de difficultés particulières dans sa recherche d’emploi : « C’est juste que mon contrat est arrivé à terme, sinon je pense trouver très vite, en plus dans la vente, il y a toujours quelque chose. » Selon F., « quand on veut, on peut. »

L’histoire de Natacha, 27 ans, d’origine africaine ou antillaise (je n’ai pas su ou pas pensé le lui demander) m’a particulièrement touchée. Natacha est en ce moment en recherche d’emploi depuis un an et demi. Elle avait pourtant bien commencé. Après avoir décroché une formation en alternance, elle se rend compte en plein milieu de formation qu’elle attend une petite fille. Elle panique mais très vite se décide à aller au bout de celle-ci. « J’étais très déterminée, d’ailleurs lors de mon stage, c’est plutôt mes collègues qui me dispensaient de telle ou telle tâche, moi j’étais pas pour, mais bon… »

Natacha termine bel et bien son stage, malheureusement pour elle, elle n’obtiendra pas le contrat d’embauche qu’elle espérait tant à la fin de sa mission, qui par ailleurs, dit-elle, a été très appréciée de ses supérieurs et collègues de stage. « J’espère que j’aurai au moins un retour positif. Tu sais, on dépose les CV un peu partout parce que tout est bon à prendre en ce moment, surtout quand on est dans ma situation. – Merci pour ces quelques secondes que tu m’as accordées, je te souhaite bon courage pour tout », lui dis-je en lui serrant la main.

Pour les entreprises comme pour les candidats, ce forum dans son ensemble a semble-t-il été satisfaisant. Les entreprises, qui dans leur grande majorité, ont des relations de partenariat avec l’agglomération Plaine Commune, participent très souvent à ce type d’évènements sur le territoire et les visiteurs tentent toujours leur chance en faisant le déplacement.

Signalons la présence de nombreuses entreprises ouvertes à l’insertion des personnes handicapées, telle l’ANRH (Agence nationale pour la réinsertion professionnelle et humaine des travailleurs handicapés), EFFITEC (cabinet de conseil en organisation), entre autres. « La balle est dans notre camp et même si ce n’est pas ici que se trouve notre futur emploi, qui ne tente rien n’a rien ! », philosophe un visiteur de ces 14e Rencontres.

Sandrine Moreira

Article également publié sur Agenda21.Plainecommune

Sandrine Moreira

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