« Mon salaire est de 150 € par mois en moyenne, je suis payé à la tâche. Je travaille 8 heures par jour, du lundi au vendredi. Si je suis absent pour maladie ou autre, je ne suis pas payé et notre contremaître peut à tout moment nous licencier sans préavis, du jour au lendemain. » Vous pensez sans doute que celui qui prononce cette phrase est un pauvre habitant du tiers-monde exploité par une multinationale ? Détrompez-vous, c’est un citoyen français : Karim, 45 ans, père de famille. Il est ouvrier dans un atelier bien français, situé dans une commune du Val d’Oise : Osny. Sa particularité c’est qu’il se trouve dans une maison d’arrêt et que notre ouvrier est un détenu.

Dans notre imaginaire, influencé en grande partie par les sériés américaines, les prisonniers passent leur journée à dormir, à faire de la muscu dans la cour, à se battre entre clans, le tout nourries et blanchis. Quitte à décevoir les amoureux de Prison Break, cette image d’Epinal est fausse.

En effet, la prison est une ville, il y a une église et une mosquée, un supermarché, une banque, un centre médical. De même, il y a des salariés, des chômeurs et des rentiers. Ce que nous confirme notre ouvrier détenu : « En prison, vous avez accès un emploi rémunéré et le choix à différents métiers : ouvrier à l’usine, «  auxi  » (nettoyage et distribution de la gamelle), maintenance (électrique et plomberie), commis de cuisine. Pour postuler, vous devez transmettre une candidature au DRH qui est le surveillant-chef de votre bâtiment. »

« Malheureusement, les postes sont limités, beaucoup d’entre nous n’ont pas accès à l’emploi. Par conséquent, ces derniers se trouvent dans des situations extrêmement précaires. Seule une minorité parmi nous n’ont pas de problème, puisqu’ils reçoivent de l’argent de l’extérieur. » En plus de permettre aux détenus de s’occuper durant la journée, le travail fournit aussi de quoi rembourser les parties civiles, subvenir aux besoins de sa famille, améliorer le quotidien en détention.

Karim insiste particulièrement sur ce fait : « Sans argent, votre quotidien est un enfer, la TV n’est pas gratuite, je paie un abonnement de 30 euros par mois, il faut aussi louer le frigo – c’est 15 euros par mois –, la gamelle qu’on nous donne en taule est tellement dégueulasse que toutes les semaines, je commande des produits alimentaires pour me préparer des bons plats grâce à une chauffe artisanale. Je commande aussi des boissons, des confiserie, etc. »

« Toutes les semaines nous recevons des bons de cantine, c’est une sorte de catalogue où l’on peut choisir nos produits et nous sommes livrés une semaine après. Mon budget alimentaire varie autour de 100 € par mois. Il me reste très peu après. Avec un salaire de 150 €, c’est juste ! » Alors Karim nourrie l’espoir d’être un jour « auxi » : « Je pourrai percevoir 250 € par mois, je serai comme un pacha. »

Comme dans toutes sociétés de consommation, il y a un banquier qui gère l’argent des détenus travailleurs : « C’est le comptable de la prison qui se charge de régler vos achats, de percevoir votre salaire, d’envoyer de l’argent à vos familles, de payer toutes les factures (TV, frigo…). L’argent ne circule pas physiquement en prison, tout passe par la comptabilité. »

Karim, bien qu’heureux de faire partie des privilégiés qui peuvent exercer une activité salariale, ne peut s’empêcher de critiquer les conditions de travail en prison : « On n’a pas le choix, si on ne travaille pas, on a pas de « tune », on est morts en taule, mais le système profite de cela pour nous exploiter. Le pire c’est quand tu travailles à l’atelier, on te parle comme à un chien. En plus, c’est même pas des surveillants qui contrôlent ton boulot, c’est des salariés de GEPSA, une société de sous-traitance pour des grands groupes français. »

« Les chefs d’ateliers ont le pouvoir de vie ou de mort sur toi : si tu as le malheur de contester quelque chose ou bien de ne pas être assez productif, il peuvent te virer et tu rentres en cellule. Le chômage quoi ! »

Chaker Nouri (Business Bondy Blog)

Chaker Nouri

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