Il est 5 heures du matin quand sans aucune explication 200 CRS ont encerclé les quelques 50 derniers résistants de la #nuitdebout. Certains avancent l’excuse de devoir éteindre les deux feux allumés sur la place pour se permettre de se réchauffer. Les manifestants sont à 5 heures du matin calmement assis, tenant le terme de l’AG en commissions pour organiser les deux nuits à venir, prévues ce vendredi 1er avril 2016 et samedi 2 avril 2016. Le tout en accord avec la programmation autorisée par la préfecture de Paris.
Les CRS sont arrivés au pas de course tout autour des derniers présents. Les revendications des militants sont notamment reprises par la maison d’édition Le Passager Clandestin, présente place de la République, et débattues lors d’une AG semi-permanente animée par une centaine de personnes tout au long de la nuit. Les CRS ont donc encerclé sur plusieurs rangs les grévistes apôtres du « rêve général », comme leur slogan le proclame.
L’une d’entre elle, alors qu’elle cherchait à récupérer son sac au-delà de la nasse positionnée par les CRS est prise à partie et violemment tirée par le bras. Les manifestants ont réussi à garder leur sang-froid et ont attendu quinze longues minutes de menaces policières armées, dont les plantons ne savent même pas répondre pourquoi ils agissent quand la question leur est posée.
À 5 h 15 du matin, enfin, un couloir est ouvert et les manifestants sont tenus de quitter le cercle en file indienne. Ils découvrent alors l’un après l’autre leur amie contrainte par la force de deux CRS, plaquée au sol au bas des escaliers de l’entrée de la bouche de métro. Nul ne sait dans quelles conditions elle a été descendue là. Après un quart d’heure passé seule en proie aux CRS, il ne lui reste qu’un filet de voix alarmée pour appeler au secours, criant « à l’aide, au secours, j’étouffe. À l’aide, ils m’étouffent. J’ai mal ».
Les deux CRS la traînent par terre, écartelant sous leurs forces son corps. Les manifestants tentent d’avancer pour s’interposer, de filmer la scène, de les questionner sur les motivations de leur acte. Mais en renfort sont arrivés 20 autres CRS et 4 policiers formant un écran impénétrable devant la jeune personne. Elle a entre 18 et 20 ans, brune, cheveux mi-longs, ne pas dépasser les 55 kilos, et ne peut qu’exclamer son incompréhension : « ils m’ont pris sans raison ».
Pourtant ce rassemblement qui se veut le point de départ d’un mouvement de fond s’est déroulé dans le plus total respect. Les groupes de musique La Rabia (La Rage) suivie de HK et Les Saltimbanques se sont succédé sur une des deux scènes. Les paroles du second sont tout particulièrement pleines d’espoir « on lâche rien », « sans haine, sans arme et sans violence », grâce à quoi « les citoyens du monde » doivent réussir à vivre unis dans un monde auquel ils redonnent sens.
Ces chants sont repris dans toutes les manifestations demandant le retrait de la loi El Khomri. La fanfare de L’Invisible a ajouté ses notes à leurs chansons, en chauffant la foule pendant trois heures. François Ruffin, fondateur et rédacteur en chef du journal Fakir, a pris la parole à l’issue de la projection publique de son film Merci patron. L’universitaire Frédéric Lordon, un des initiateurs de la #nuitdebout, a retourné les propos des politiciens de tout bord, annonçant la catastrophe prochaine dans notre monde si les peuples acceptent de se plier aux lois du capitalisme néolibéral. Il a rappelé qu’en grec le mot catastrophe signifie « le renversement », insistant bien sur le sens du renversement de l’ordre inique des choses établies, des rapports de forces et de pouvoirs. La mobilisation doit continuer Place de la République ce soir vendredi 32 mars, à partir de 18 heures, samedi 33 mars…
Guillaume Montbobier

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