« Franchement on ne s’y attendait pas du tout ». Samir, peine encore à réaliser ce qui lui arrive. Et pour cause : qui aurait prévu que les quatre jeunes pouvaient faire abdiquer la mairie de Gennevilliers ? « On ne s’attendait pas à ce qu’ils renoncent maintenant. On savait que c’était un combat et qu’il allait être long. Mais on n’aurait jamais imaginé que toutes ces personnes allaient nous soutenir, et que la mairie allait lâcher ».

En effet, depuis lundi tout est allé très vite ; les animateurs sont sollicités par tous les médias, web, journaux, télés, radios : « Le premier objectif était atteint, on était super content, on voulait médiatiser l’affaire et ouvrir le débat. Mais ce qu’on souhaitait par-dessus tout, c’était de les faire renoncer à cet article 6. Ils ont compris le  caractère absurde de leur clause et ça, ça fait plaisir. Ça prouve qu’ils ont réfléchi, qu’ils sont humains. Vaut mieux tard que jamais » explique Samir.

« On attendait au moins des excuses ! »

Mais s’ils sont fiers de leur première victoire, ils n’en sont pas moins toujours aussi amers quant au traitement que la mairie leur a infligé : « Le souci, c’est que depuis notre retour, malgré toutes les proportions qu’a pris cette histoire, nous n’avons toujours pas été contactés par la mairie. Officiellement, nous n’avons toujours pas reçu notre lettre de suspension, ni justificatif ni quoi que ce soit ». Pour Samir, le retrait de cette clause est un grand pas, mais il n’excuse pas le comportement de la municipalité : « Faut pas oublier qu’on a quitté la structure comme des malpropres. En gros on nous a fait comprendre : « Vous n’avez pas mangé, rentrez chez vous ! « . L’histoire nous a affectés, elle a touché à notre intégrité, à notre dignité. Donc , c’est bien beau de retirer l’article, mais on aurait bien aimé avoir des excuses. Qu’on nous appelle et qu’on nous dise : « Voilà ce n’est pas bien ce qu’on a fait, on est désolé. » Mais ça ils ne l’ont pas fait ».

Reste à savoir ce qui a poussé la mairie à faire machine arrière. Les nombreux appels de la communauté musulmane, indignée par cette histoire, ont-ils poussé le maire à abdiquer? Sachant qu’il entre bientôt dans une future campagne municipale et qu’il est difficile de se mettre à dos plusieurs milliers d’électeurs potentiels. Ont-ils eu peur de l’ampleur médiatique que prenait cette affaire et de l’impact des réseaux sociaux qui sont déjà instigateurs de plusieurs évènements de soutien aux quatre animateurs, dont un repas de rupture de jeûne devant la mairie de Gennevilliers ce samedi ?  Ou craignaient-ils la récupération politique du Front National qui a, bien évidemment sauté sur l’occasion en soutenant officiellement le maire de Gennevilliers, aussi communiste soit-il ? Pour l’instant, nul ne connait les motivations premières de la municipalité. Les animateurs, eux, n’ont toujours pas décidé s’ils allaient instruire l’affaire en justice.

Widad Kefti

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