Hakim Djeroudi a 20 ans. Etudiant de deuxième année de DUT (diplôme universitaire de technologie) à Paris XIII-Bobigny, il est inscrit en « services et réseaux de communication ». Il est né à la Cité Blanqui, y a grandi, y a fait « toute (sa) vie ». Il habite maintenant à la Cité Rouge, plus calme, avec sa mère, un petit frère et une petite sœur. Son père n’est plus. « Sans papa, c’est dur, c’est des responsabilités qu’on prend », dit-il. Hakim est le cousin germain de Mohamed Djeroudi, le président du RC Blanqui. « Tu vas voir, on va dire dans le quartier que c’est du favoritisme. On est comme ça, nous, les Arabes », m’a prévenu Mohamed avant que j’écrive ce post. Laisse dire, président.

Hakim a tout d’une personne posée, réfléchie, entreprenante. Tranquille ? Non, pas vraiment. Il bouillonne d’ambition, de la plus belle qui soit : vivre. « Ce qui m’intéresse le plus, c’est le journalisme, en presse écrite ou en audiovisuel, affirme-t-il. Je cherche actuellement un stage dans une rédaction, du 10 avril au 30 juin, afin de valider mon année de DUT. » A la fac, Hakim est l’un des rédacteurs du magazine interne, Novell 9.3, qui sort deux fois pas an. « Dans le dernier numéro, j’ai écrit les bons plans sorties, les bons plans soirées. J’ai une formation en photographie », précise-t-il. Pour la prochaine édition de Novell 9.3, Hakim a été chargé de la réalisation d’un roman-photos, dont il n’a pas encore décidé le thème.

« J’aime beaucoup le monde de la nuit, confie-t-il. C’est là qu’on s’amuse le plus. Mais à l’entrée des boîtes, surtout sur les Champs, il y a souvent de la discrimination anti-Maghrébins. J’ai envie de me battre contre ça, de faire bouger les choses. Moi, ça va, je ne me fais pas refouler. On a tendance à me prendre pour un Feuj. » (« Feuj », « Rebeu », « Cefran » : lexique ethnico-branché.) Hakim se souvient d’un cas : « C’était dans une boîte connue, à Paris. Le directeur artistique, arguant du fait que sur 28 emmerdes dans le passé, 27 étaient dues à des Arabes, a donné la consigne d’éviter de les laisser entrer. »

Avec un ami « maghrébin » comme lui, Hakim organise des fêtes, justement. Sous pseudos. Ça passe mieux. « Mon nom de soirée, c’est Hako ; celui de mon pote, c’est Karl. On a fait des soirées au Privé, sur le boulevard Bonne-Nouvelle, à Paris, au Six Seven, sur les Champs, et au One Way, à Pavillon-sous-Bois. Comme je m’y connais en infographie, je fabrique des flyers. La dernière soirée, le 5 février, on l’a appelée My Addiction. »

Hakim Djeroudi veut « faire (sa) vie à Bondy ». « C’est plus vivant qu’à Paris, où personne ne parle à personne, remarque-t-il. J’ai participé à un atelier Sciences-po (l’une des voies d’accès à l’« élite ») au lycée Jean Renoir de Bondy. J’y ai constaté un manque de dynamisme, du chacun pour soi. Ce n’était pas vivant. »

Hakim n’est pourtant pas du genre renfrogné. « Je côtoie tous les types de gens, les bourges comme les banlieusards. Je peux m’adapter à toute situation. Je suis à l’aise avec tout le monde. » Tu vois, Mohamed, il n’y a pas de mal à parler de ton cousin.

Antoine Menusier

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