Ils sont suivis par des milliers de personnes, sont reconnus dans la rue, ces « stars » du web gèrent leur buzz comme leur carrière. Rencontre.
Poster de courtes vidéos sur les réseaux sociaux comme Vine, Facebook ou Snapchat afin de faire le « buzz » et vivre six secondes de gloire, drôle d’ambition. Pourtant pour les plus talentueux d’entre eux, ce succès peut devenir plus conséquent. Ces rares élus vivent le rêve de la génération virtuelle pour qui un like vaut de l’or.
« Je n’ai pas fait exprès de devenir connue, je faisais des vidéos pour faire rigoler mon père » assure Élise Vigné, plus connue sous le pseudonyme de CarpeDiem Élise. Cette jeune femme, 21 ans, multiplie les casquettes : comédienne, chanteuse, vineuse. Ses vidéos sont suivies par près de 60 000 abonnés sur Instagram.
Billel se présente comme « un gros qui fait des vidéos ». Bien modeste lorsque l’on sait que le jeune homme de 17 ans a fidélisé 55 000 personnes à l’aide d’une soixantaine de publications seulement. Des chiffres qui ne cessent croître. « Ça fait plaisir ! » résume-t-il. Au départ la seule intention de nos deux comiques était de faire rire leurs proches sans se prendre au sérieux. Jusque dans le choix de son pseudo, Billel improvise : « Depuis toujours les gens m’appellent Hatoum en hommage à mon oncle décédé avant ma naissance. J’ai créé mon compte Instagram durant la nuit. Tu prends les deux ça fait Hatoumnight. » Cela ne s’invente pas.
La grande famille du net
EliseIl y a deux ans, Élise se réjouissait ouvertement du fait que Tonio life et JaymaxVI, deux stars des réseaux sociaux, s’étaient abonnés à son compte Vine. Aujourd’hui elle officie à leurs côtés dans la Skizz Family, collectif de vineurs qui font des vidéos (entre 150 000 et 950 000 vues pour certaines). La jeune femme a conscience qu’elle a une image à véhiculer, car une base solide d’admirateurs la suivent. « Je n’arrive pas à concevoir qu’on puisse être fan de moi. C’est motivant et flippant. »
Cette célébrité fulgurante s’accompagne de quelques revers plutôt déboussolant.  « Tu dois sourire à chaque fois, ne jamais faire la gueule. Je ne regrette rien, car je l’ai cherché et que c’est incroyable, mais parfois c’est un peu dur. Récemment, lors d’une marche funèbre pour l’enterrement d’un ami, le cortège est passé devant un collège. Les enfants m’ont reconnu. On a dû me cacher et j’ai entendu des remarques du genre “elle fait la star !”».
Hatoumnight savoure pleinement son succès naissant. Lors de notre rencontre, des enfants se sont arrêtés et lui ont demandé si c’est bien lui qui faisait des vidéos. Plus tard, un homme se mit à danser en criant “Casse la démarche comme Hatoumnight !”, marque de fabrique de l’adolescent. Le jeune homme reçoit également un nombre incalculable de messages de soutien auxquels il répond du mieux qu’il peut sur les différents réseaux sociaux. Les rares jaloux qui le traitent de gros porc ne pourront le taxer d’avoir la grosse tête.
Hah25FGV_400x400« Je dois capter au moins dix meufs en vacances à Mulhouse ». Même s’il dira avoir toujours eu du succès avec la gente féminine, Billel est obligé d’admettre que sa nouvelle notoriété l’aide. Les filles le complimentent sur son physique pourtant « grassouillet », mais qui ne l’a jamais complexé. Il est rare de voir un jeune de 17 ans aussi bien dans ses baskets. Hatoumnight entretient son “buzz” grâce à une autodérision sans faille qui lui permet de “twerker” en maillot de bain devant une voiture des forces de l’ordre. « Je suis comme ça avec ou sans caméra, c’est de famille. Même les policiers étaient morts de rire ».
Des adolescents normaux
Élise et Billel traînent à présent l’ombre de deux personnages derrière eux. La frontière entre Hatoumnight et Billel est facilement franchissable. Le jeune homme joue son propre rôle. Celui d’un jeune homme en première qui aime rigoler avec ses potes, courir, mais seulement après les filles et manger plus de steaks que la moyenne. Un adolescent normal en somme si on omet ses 65 000 fans sur Facebook.
Cela s’avère plus compliqué pour la vineuse. « C’est dur d’être CarpeDiem Élise quand tu veux simplement être Elise mais en même temps je peux m’accrocher à mon public quand Élise va mal.» Ce public qui s’identifie à elle pour ses défauts qu’elle extrapole à travers des personnages comme “Débila” la gaffeuse, la cagole ou la fille qui se prend que des râteaux. Elle se met en scène à travers différents concepts comiques comme “Speed Dating” et “Consultation” ou utilise ses talents d’interprète afin de reprendre des tubes musicaux. Finalement, différentes Élise dessinent une seule et même personne.
« C’est compliqué d’être une meuf dans ce milieu. On nous trouve moins drôle. De plus, la communauté noire est la plus active sur les réseaux sociaux et se reconnaît donc moins dans mes propos que dans ceux d’autres vineurs. Mais je suis sûre que je peux rassembler tout le monde, faire de ces ‘handicaps’ ma force. Ça avance. » En effet, les choses évoluent tellement plus vite sur la toile que nos deux talents pensent déjà à monter sur scène. Billel qui a déjà joué dans le film Bébé Tigre en 2014 et dans des festivals municipaux se voit maintenant en haut de l’affiche. Il délaissera peu à peu cette image du simple “gros qui fait des vidéos”.
Élise souhaite collaborer avec son collègue Tonio life et réfléchit à un “One Woman Show”, plus personnel. L’avenir nous dira si leurs vies vont une nouvelle fois être chamboulées. De toute manière, Billel l’assure « pour l’instant la seule chose qui a changé c’est qu’on me reconnaît dans la rue et que j’ai rencontré Raphael des anges 7.»
Oumar Diawara

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