Fin 2011, les qataris se plaçaient en sauveur des quartiers déshérités avec l’annonce, faite par l’ambassadeur du Qatar à Paris, de la création d’un fonds d’investissement, le « fonds banlieue ». L’idée est de lancer un capital, d’une valeur de 50 millions d’euros afin de favoriser l’entreprenariat dans les banlieues françaises.

En venant au chevet des banlieues, les qataris endossaient alors le costume de héros des laissés pour compte. Cette démarche a soulevé un flot de critiques et le projet a finalement été abandonné aux profits des PME. L’Aneld, Association Nationale des Elus Locaux pour la Diversité, à l’origine de ce projet, désemparée, parle de « hold up » et a lancé une pétition (en juin 2012) afin de ramener le projet à sa visée initiale: soutenir l’entreprenariat en banlieue.

Mais une question demeure: existe-t-il en France un organisme ou une association assez puissante, capable d’exercer des pressions au sein des sphères politique et médiatique afin de défendre la cause et les intérêts des banlieues? De faire respecter les engagements politiques promis durant les campagnes électorales? De mener des projets tels que le « fonds banlieue » qui permettraient aux habitants des quartiers de sortir de l’exclusion sociale?

Les banlieues sont, par définition, des territoires et des ensembles de localités entourant une grande ville. En France, depuis le 14 novembre 1996, elles sont divisées en zones urbaines sensibles, notées ZUS (751 quartiers) et en zones franches urbaines notées ZFU (100 quartiers) pour les plus difficiles. Découle de cette loi une politique de la ville instaurée par les pouvoirs publics afin de revaloriser ces zones en difficulté  et de réduire, par la même occasion, les inégalités entre les territoires.

Toutefois, l’évocation de la banlieue ne peut se limiter qu’aux aspects territoriaux car le sort réservé aux personnes y habitant : les « banlieusards », est également primordial. Cette population, caractérisée par une mixité culturelle, doit faire face à des problèmes récurrents tels que le taux de chômage élevé, la discrimination et une ségrégation socio-spatiale. Ainsi l’idée de se questionner sur l’existence d’un lobby des banlieues, capable de faire entendre la voix de ces  habitants (souvent instrumentalisés durant les élections), prend alors tout son sens.

Pour Farid Temsamani, un des deux porte-paroles de l’association  « Banlieue plus et nos quartiers », qui se définit comme le une forme de « lobby des quartiers », même s’« il n’existe pas de lobby des banlieues aujourd’hui ». Mais il serait « prétentieux de sa part d’affirmer que l’association [qu’il représente] a atteint le statut de ‘lobby’ ».

Interrogé sur les raisons de l’absence d’un représentant des intérêts de la banlieue, c’est avec vigueur et lucidité qu’il répond : « tout d’abord, pour que les banlieues soient entendues dans les médias ou dans la sphère politique, ses habitants doivent d’abord se prendre en charge, s’intéresser à la vie locale. La défense des intérêts des banlieues passe par trois choses fondamentales qui sont : le professionnalisme, c’est-à-dire que les associations doivent se spécialiser dans le lobbying, la crédibilité qui doit s’acquérir sur le terrain et l’argent pour financer les campagnes de communication par exemple. »

Puis, il dénonce par la même occasion, « l’égoïsme » de certaines associations qui « préfèrent rester de leur côté au lieu de travailler avec d’autres associations afin de créer une véritable force ». Un manque « d’unité » entre ces associations et l’appétit personnel de certains représentants «qui préfèrent utiliser la cause des banlieues pour faire carrière en politique » est « regrettable ».

Une chose est certaine : pour que la cause des banlieues soit entendue dans les médias ou dans la sphère politique et que nos dirigeants  passent des promesses électorales aux actions dans les banlieues, l’unité et un changement des mentalités sont nécessaires. Cela passe primordialement par une implication des habitants dans la vie locale et une régression de l’individualisme de ses représentants. L’émergence d’une seule et unique force assez puissante en dépend.

Mohamed K

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