Jeunes, une génération précaire. Les 18-25 ans représentent la catégorie la plus pauvre de la société. Bien plus pauvre que les personnes âgées. Après avoir pris connaissance de ce rapport pessimiste fait par le Secours Catholique, j’ai voulu, moi aussi, mener l’enquête sur cette tranche d’âge. L’interroger afin de pouvoir me renseigner sur la situation. J’ai pu, hélas, constater que venant  de Bondy ou d’ailleurs, le même refrain revient souvent en boucle. Certains, honteux de leur situation ou juste par choix personnel ont préféré garder l’anonymat.

C’est le cas d’une étudiante de 18 ans à la fac de Saint Denis, qui témoigne : « Pour ma part, je ne me sens pas trop concernée par ce rapport car on ne peut pas dire qu’on se sente pauvre alors que l’on vie encore chez ses parents. De plus, ma bourse me permet d’accéder à des loisirs que je n’avais pas l’habitude de faire. Mais il m’est difficile de trouver un emploi pour  bâtir mes réels projets d’avenir, c’est ça le gros problème des jeunes. Nous n’avons pas de quoi assurer notre vie future avec un emploi. J’ai souvent postulé pour beaucoup d’entreprises mais mon manque d’expérience m’a toujours fait défaut. »

La première difficulté que rencontrent les jeunes est l’obtention d’un emploi. Pour sa part, Haïfa, 19 ans, a préféré arrêter les cours pour se lancer directement dans la vie active. « Mon but est de mettre assez d’argent de côté pour pouvoir reprendre mes études ou faire une formation, car je n’ai pas le droit à une bourse. Je dois donc me débrouiller par moi-même. Le souci, c’est que je ne trouve rien. Je suis inscrite partout, à la mission locale, au Pôle Emploi, qui d’ailleurs m’appelle seulement pour venir pointer. » Plusieurs fois, la mission locale la contacte. Mais les postes ne conviennent pas. « Je postule dans le domaine de la vente, et on me proposes un poste à la petite enfance, bien que je n’y connaisse rien » ajoute Haïfa. Les refus étant limités, elle s’est retrouvée à accepter à contre-cœur un CDD de 3 mois au Parc Disneyland. Une expérience amère, « je commençais parfois à 16 heures pour terminer à minuit. Mon bus passant à minuit vingt, le temps d’arriver il était déjà parti. Le suivant n’arrivait qu’à 2 heures du matin, se souvient la jeune femme, attendre seule, tardivement dans la nuit pour une fille, vraiment je ne le conseille à personne. » Exaspérée, elle ne croit plus au système de l’éducation nationale, « il y a toujours des offres d’emplois dans les catalogues ou sur des affiches publicitaires. Mais lorsque tu appelles, il n’y a rien. J’attends toujours pendant un mois un rendez-vous avec un conseiller pour finalement m’entendre dire qu’il y a rien pour l’instant. Y’ en a marre ! »

Toujours avec le même problème, Kévina, étudiante de 18 ans, se sent quant à elle concernée par ce rapport du Secours Catholique. « Pendant l’été, j’ai travaillé dans un hôtel en tant que gouvernante, mais seulement grâce au piston. Aujourd’hui j’aimerais pouvoir retrouver un travail car ma famille a quelques soucis d’argent. Alors j’ai déposé des CV dans pas mal de magasins tels que Gémo, Séphora, La Halle, H&M, Camaïeu et au moins 11 autres boutiques comme ça. Personne ne m’a jamais rappelée. J’ai dû les appeler moi-même afin d’obtenir une réponse de leur part, qui bien sûr était tout le temps négative. »

La tâche se complique également lorsque l’on vit seul, loin de ses parents. C’est le cas de Karim, étudiant de 18 ans, vivant dans une chambre de 9 m² à Lyon. « C’est vraiment la galère en ce moment. Vu que j’ai payé mon permis et le loyer. Il ne me reste pas grand chose. Je n’ai toujours pas reçu ma bourse. Le mois dernier, je suis parti me plaindre au Crous qui m’a promis un virement bancaire fin octobre. Je n’ai toujours rien reçu. » Avec ses cours, Karim ne trouve pas le temps de chercher un travail, « sans l’argent que m’envoient mes parents qui habitent Bondy, je n’ai rien du tout. »

Aminata, 18 ans, étudie à Lille. Comme Karim, elle affirme avoir « vraiment du mal à gérer le loyer, les courses, les transports et les bouquins avec la bourse comme seul revenu. Et franchement, travailler en même temps, c’est le moyen assuré de foncer dans le mur et de rater son année. Avec la marge de travail demandée en fac de droit pour moi, je pense que c’est aussi le cas pour les autres filières, il est presque impossible de concilier fac et boulot. Je pense qu’il serait temps que le gouvernement se mette à cogiter sur l’avenir des étudiants. »

Pour Sarra, 18 ans, travailler à côté de ses études est de mise. Son salaire arrive tout juste à couvrir les frais : « Je dois me serrer la ceinture. C’est pourquoi je suis à la recherche d’un second emploi pour sortir la tête de l’eau et pouvoir enfin atteindre des objectifs, comme le permis. Vivant avec une famille nombreuse en HLM, financièrement tu ne peux que compter sur toi même. Mais quand on n’a pas le choix, on s’acharne à courir entre le travail et la fac dans l’espoir qu’un jour, ce sera plus calme et surtout plus stable. La pauvreté, ce n’est pas que des SDF dans le métro de Paris. C’est aussi des jeunes qui, au lieu de réviser le soir, font 45 minutes dans les transports pour aller travailler et payer des manuels scolaires, titres de transports et autres. Si j’avais réellement eu le choix, je me serais bien passé de travailler. Cette dure vie de labeur pendant mes études n’est pas un choix mais une nécessité. »

Dans d’autres cas, la situation est encore plus dramatique. Un jeune de 18 ans refait sa terminale et n’a du coup plus le droit à la bourse. « Il y a des moment où je m’en sors pas trop mal financièrement et des moments où c’est la catastrophe. Je suis inscrit dans plusieurs agences pour l’emploi, en intérim mais on ne me rappelle nulle part. Et comme il y a des moments où c’est vraiment la catastrophe, je suis amené à faire des conneries dehors pour toucher quelques billets. Je n’en suis vraiment pas fier mais donne moi n’importe quel boulot, à n’importe quel endroit n’importe quelle heure, je le fais. Mais bon faut être réaliste, il n’y a rien ! »

Lorsque j’ai voulu interroger des jeunes de 22 ans et plus, qui ont pour ainsi dire, l’habitude de rester sous les halls de leurs bâtiments. Ils m’ont gentiment fait comprendre que mes questions dérangeaient. Tous ce que j’ai pu récolter en insistant un peu, c’est : « c’est la galère », «  il y a rien pour nous. » Mais la phrase qui m’a le plus marquée était : «  il y a longtemps qu’on ne cherche plus, qu’on n’espère plus. » Ils sont quand même parvenus à me faire comprendre que pour s’en sortir financièrement, ils étaient réduits à faire leurs « propres trucs. »

Bassinés par les fausses promesses du gouvernement, les jeunes ont perdu espoir. Un triste sort s’abat sur eux. Un sort qui les oblige à subir une précarité qui s’intensifie avec la crise. Ce triste bilan reflète avec véracité la sombre réalité. Pourtant, c’était bien le président de la République qui disait en 2009 qu’«  aucun jeune en difficulté ne sera laissé seul. Aucun jeune ne sera laissé sans emploi, sans formation, sans accompagnement »*. Alors comment expliquer ce résultat en 2011 ?

Yamina Jarboua

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