Azzedine a 24 ans. Il a quitté l’école en seconde. Il était tout sauf un cancre, pourtant. « J’avais un bon niveau général, mais à cause de mon comportement d’agitateur en classe, les profs m’ont orienté en hôtellerie. Selon eux, aucun lycée n’aurait pris le risque de me donner une place à cause de mon attitude. » A cela, se sont ajoutés des problèmes familiaux, ce qui l’a orienté vers la rue.

Sans aucune ressource, il galère pendant plus d’un an à la recherche d’un emploi avant de décrocher son premier boulot dans un magasin Franprix. ELS, « employé de libre service Franprix ». Une semaine de travail passe. Un jour, à la mi-journée, son patron lui demande d’aller donner un coup de main aux collègues dans l’arrondissement proche. « Je voulais d’abord prendre ma pause déjeuner, car j’avais déjà travaillé toute la matinée et il était 13 heures. » Son patron refuse. Azzedine se dispute avec lui et part en claquant la porte. Ainsi s’achève sa première expérience professionnelle.

S’ensuit une période pendant laquelle il se cherche. « Je m’en voulais beaucoup d’avoir abandonné l’école, car je me suis rendu compte que c’était ma voie. » Il hésite, il ne sait plus où il en est : reprendre les études ou trouver un autre travail. La deuxième solution semble la plus réaliste, car il n’a pas un sou. C’est la première fois qu’il ira se renseigner à la mission locale pour y chercher une formation. « On m’a proposé une formation de remise à niveau, je me suis ennuyé comme jamais. » Tous les autres stagiaires sont à peine francophones et les cours sont uniquement adaptés à leur niveau. Azzedine fera donc acte de présence pendant six mois pour une rémunération de 335 euros par mois payée par le conseil général d’Ile-de-France.

Il se débrouille ensuite pour passer son permis de conduire et s’acheter une petite voiture avec l’aide de ses parents. Il décide de trouver un emploi de livreur. Il retourne donc s’inscrire à la mission locale pour y chercher une formation dans ce secteur. « On m’a proposé une formation de cariste que j’ai refusée. » Il décide de chercher par ses propres moyens en répondant à des offres d’emploi sur Internet et en envoyant des CV, qui restent sans réponses.

C’est en lisant les petites annonces du journal gratuit boumboum qu’il trouvera une place de porteur pour la société Média Post, où il est embauché sur le champ, car les seules conditions requises pour ce poste sont d’avoir le permis de conduire et son propre véhicule. Il livrera donc le journal Le Monde aux entreprises six jours par semaine. Manque de chance, son véhicule le lâche au bout de deux mois. La société ne fournissant pas de voiture de fonction, il ne peut plus travailler pour eux.

Il retourne donc à la mission locale en quête d’une formation qualifiante de livreur. L’agent lui propose d’intégrer les équipes « d’ambassadeurs collectifs » à Barbès. Métier qui consiste à sensibiliser les gens au tri collectif. « Je l’ai remercié gentiment et j’ai quitté son bureau en lui promettant de le rappeler. » A chaque fois, Azzedine a cette sensation désagréable de ne pas savoir se faire comprendre. Il sort en pensant que la mission locale ne lui sert à rien.

Je lui demande alors s’il a déjà ressenti de la discrimination à l’embauche. « Oui, je peux l’affirmer maintenant, nous les jeunes Maghrébins et Noirs, on est fichés de part nos domiciles, je ressens aussi de la discrimination au niveau du taf, quand je marche dans la rue avec mes potes, au bowling… On est victimes de préjugés à cause de notre mauvaise réputation. »

Après l’échec de la Mission locale, Azzedine va s’inscrire à l’ANPE. Il y rencontre une conseillère à qui il précise qu’il a « un besoin urgent de travailler ». Elle lui promet de lui envoyer des offres d’emploi par courrier ou par téléphone qui répondent à ses critères de livreur, dès qu’elle aura des propositions de la part des employeurs. En l’espace d’un an, Azzedine a reçu une offre d’emploi à laquelle il n’a pas donné suite car son profil ne correspondait pas. Une expérience de deux ans était exigée. La sienne est alors de quatre mois.

Il baisse les bras quelques temps, ça tombe bien, c’est les vacances d’été. Il part se ressourcer sous le soleil de Tunisie et se dit qu’il mettra les bouchées doubles à la rentrée 2008. A son retour, il opte pour la méthode bouche à oreilles, ce qu’on appelle aussi le « piston ». Et ça marche, car un de ses amis le présente à son « boss » au Monoprix de l’avenue Jean Jaurès dans le 19e de Paris, où il est embauché en tant que chauffeur-livreur. Il signe son premier contrat à durée indéterminée.

Mais Azzedine, pressé de travailler, a fait fi de ses problèmes de dos : sa scoliose s’est rappelée à lui au bout d’une semaine de livraison à Monop. Son médecin lui ordonne de changer de métier. Actuellement, il est en arrêt maladie. Il cherchera un autre travail : « Je n’ai jamais rien trouvé par ce biais mais je vais continuer à aller à l’ANPE et à la Mission locale. Sans aucune conviction. Au moins cela rassurera ma mère. »

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri

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