« Les langues étrangères valent plus que les diplômes. »

A l’école, Farid était un « grand sécheur », mais depuis, les expériences se sont succédées: six mois dans la mécanique, deux ans de plomberie pour obtenir un CAP et quelques mois en tant qu’agent d’entrepôt, à l’aéroport de Roissy. Ensuite, « Emploi jeune » lui a offert un contrat de deux ans comme « Grand frère », à la RATP: « Neuf cents euros par mois pour être toujours en mouvement, dehors, gérer des situations difficiles, tout en sachant que la RATP n’engagera jamais en fixe. » Après un an et demi, il renonce. Il appelle alors la ANPE, début novembre, mais n’obtient un rendez-vous qu’à la fin décembre. S’il frappe à la porte de la Mission Locale, c’est aussi pour se donner les moyens de devenir « chauffeur de maîtres ». Pour cela, il doit passer un permis de conduire « de grande remise » et apprendre l’anglais. Son ASSEDIC (les 70% du précédent emploi si on a déjà travaillé l’équivalent de six mois) ne suffit pas pour suivre une formation à l’école « Wall Street », 2250 euros par année.

 

« Si on envoie notre photo, on n’a pas de réponse. »

Cela fait à peine un mois que Suzanne a quitté ses Antilles pour s’installer à Bondy. L’Atelier Emploi rayonne de son enthousiasme. « La Mission locale m’est d’une aide incomparable. Quand on n’a pas trop d’argent, le téléphone, les timbres et Internet coûtent chers… » Pour l’instant, Suzanne n’a reçu que deux réponses, négatives. Elle ne se laisse pas désespérer par les déceptions de ses amis. Au Concours de la Police, un ami antillais a obtenu 4/20 à l’oral, alors qu’il connaissait sa théorie sur le bout des doigts. Un autre ne recevait des réponses des employeurs que lorsqu’il ne mettait pas sa photo sur le CV.

 

 » Pour aller à la Sorbonne, il n’y a qu’à s’inscrire »

Ne pouvant plus s’offrir un loyer parisien, Kaoula est venue s’installer avec sa mère à Bondy, il y a six ans. En première année de Droit à la Sorbonne, elle ne se sent pas la force d’étudier encore sept ans pour devenir avocate, ne veut attraper le « syndrome Tanguy » et cherche son indépendance. Elle est venue à la Mission Locale pour se renseigner sur les formations d’hôtesse de l’air.
 

Par Blaise Hofmann

 

Blaise Hofmann

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