La France qui se lève tôt, on la voit pas. Trop sombre à 5 heures du matin. Les premiers rayons du soleil n’apparaitront que dans une demi-heure, et déjà les premiers Bondynois sont debout pour aller au boulot. « À quelle heure je me suis levé ? 3h45, à cause du trajet, pas de bus à cette heure-ci », confie Kadjatou, habitante de Bondy nord et femme de ménage dans un grand magasin. Trajet à pied du Mordor jusqu’à la gare RER : vingt bonnes minutes. Sur le quai, des Sri Lankais, beaucoup de Noirs et quelques Maghrébins côtoyant des vacanciers traînant leurs bagages et qui n’ont trouvé personne pour les déposer à l’aéroport. Ils sont femmes de ménages, livreurs, cheminots, déménageurs ou fonctionnaires, levés avant le chant du coq pour gagner des sous ; pas beaucoup, ou pas assez selon les confidences.

Mamadi est l’un des rares français présent sur le quai : « Je commence le boulot à 7 heures du matin en grande banlieue, je suis déménageur. Ce n’est pas trop dur, je suis jeune, sportif et plutôt du matin. C’est à cet âge-là qui faut se réveiller tôt. » Monsieur Omar, un Marocain de 58 ans, a plus de mal : « Je me suis levé à cette heure-ci toute ma vie. C’est dur, très, mais faut bien gagner sa vie. La France qui se lève tôt, tu la vois toi-même, ce sont les immigrés. On fait des boulots et des horaires que personnes ne voudraient faire. »

5h10. Le train est en approche, les gens se massent sur le quai. Personne ne veut prendre le risque de louper le premier RER. Les confidences se font rares: « Moi, tu peux me parler, pas de soucis, ça m’empêchera de dormir et de manquer le train. La semaine dernière, j’ai fait un aller-retour dans le wagon en finissant la nuit sur la banquette », plaisante un jeune agent d’entretien. Le train est déjà bien rempli, il moissonne depuis Chelles. Sur le trajet, on bouquine ou on dort, surtout on dort.

Gare du nord. Le flot des passagers s’engouffre dans le RER B. A cette heure-ci, Paris parle le bambara, le tamoul mais aussi un peu le ch’ti : « Je suis descendu à Paris, pour l’instant je travaille à McDo », explique en baillant Olivier, un Lensois. J’ai fait McDo, c’est dur, surtout à l’ouverture : « Pensez-vous ! J’ai travaillé trois ans dans une boucherie industrielle. Ça c’est dur, pour de vrai. »

5h45. Avant de commencer la journée, on fait la queue pour un café ou pour le journal au kiosque, dont le store est encore baissé. Les travailleurs croisent les clubbeurs rentrés de soirée, se faisant un petit after de pains au chocolat. « Les enfants de la nuit » croisent les « enfants du soleil » sans se remarquer. A cette heure-ci, tous les visages se ressemblent, qu’ils aient bronzé à l’ombre des baobabs ou des néons des night-clubs, car tout le monde à la même tête : la tête dans le cul. Les uns devront juste faire 8 heures de boulot avec.

6h40. Retour à Bondy pour la deuxième vague. Khaled et un autre bagagiste refont le monde autour du relais H qui vient d’ouvrir : « Heureusement que j’ai la voiture et que je n’ai pas à me lever plus tôt pour prendre les transports. Une heure de sommeil en plus, ça vaut de l’or en boîte. »

7h00. Tanguir rentre chez sa mère. Je dors jusqu’à 15 h00.

15h30, RER E. On retrouve une bonne partie du monde de la matinée qui célèbre la fin de leur journée de travail en ronflant copieusement contre les vitres du wagon.

Idir Hocini


Francetot
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Idir Hocini

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