« Manger sain est l’affaire de tous ! ». Le bio n’est pas forcément cher et réservé aux bobos. C’est en tout cas ce que croit Rachid Messaoudi. Montpelliérain d’origine, il s’est installé à Aubervilliers il y a quelques années. « J’ai adopté cette ville ! ». Le bio et le sans gluten ne sont pas qu’une tendance selon lui : « Il existe une vraie intolérance au gluten chez de plus en plus de personnes. Beaucoup le découvrent tardivement. De manière générale, les gens souhaitent faire attention à ce qu’ils consomment. J’essaye moi-même de manger le plus sainement possible ». Avec Clément Ben Hammou, son associé, ils créent Label Place, une entreprise qui exporte des produits gastronomiques français dans le monde entier, notamment en Russie malgré l’embargo économique « qui n’est pas bon pour le business ». La société est lauréate du prix du Réseau Entreprendre 93.

Les bureaux sont étroits mais le jeune homme ne manque pas d’enthousiasme pour nous parler de leur nouveau projet lancé en octobre 2014 lors du SIAL (Salon de l’industrie agroalimentaire): la marque Keïal. Le concept ? Sélectionner et importer des produits bio cultivés sur les hauts plateaux de la Cordillère des Andes. Un projet original et longuement réfléchi, « une étude de marché longue et complète, 10 mois de recherches, de prises de contact… ». Rachid s’est lancé dans l’aventure avec Clément, qui gère la structure Label Place (cette société détient la marque Keïal), « les RH, la finance, la com’. (…) Après une carrière financière, j’avais envie d’entreprendre, de construire quelque chose ».

Les deux compères forment une équipe complémentaire, l’un chargé de l’organisation de Keïal, l’autre à la fibre aventurière partant à la recherche de produits de qualité à travers la planète. L’un autodidacte (Rachid), l’autre diplômé d’une école de commerce (Clément). « A l’origine, je cherchais quelqu’un qui me ressemble, un sportif, dynamique, créatif, tourné vers l’international. Un ami en commun nous a mis en relation. On est comme un couple avec des disputes de couple ! », raconte Rachid.

Keïal est une petite entreprise, à l’image de la chanson d’Alain Bashung. Deux associés à ses commandes, aidés parfois de stagiaires. La particularité de ces deux entrepreneurs réside dans leur démarche : aller à la rencontre directe des producteurs. Pas d’intermédiaires, une transparence totale. Ils découvrent ainsi le milieu climatique et les conditions de travail et créent une proximité avec leurs futurs partenaires. « Les aspects humain et équitable sont essentiels dans notre travail ».

Keïal propose une gamme variée de quinoa bio et des alternatives au gluten comme les graines de Chia et le Teff. Tous les produits sont contrôlés afin de garantir l’absence de gluten. « Ce qui nous démarque aussi des autres enseignes bio, c’est que nous sommes une petite entreprise. Face aux grandes chaînes, on fait figure de David contre Goliath ! ». Sur leur site internet, des conseils nutritionnels sont prodigués par des spécialistes, on peut également trouver des idées de recettes à base de quinoa noir, rouge, blanc…

Le SIAL fut l’occasion parfaite de lancer et de faire connaître la marque. C’est le grand rendez-vous des professionnels de l’alimentaire et donc le moment de remplir le carnet d’adresses. « Pour l’instant, nous traitons qu’avec des clients internationaux. Les Français se montrent frileux, ils prennent davantage de temps avant de s’engager, ils veulent être sûrs de faire le bon choix alors que les étrangers ont moins peur de tester de nouveaux produits. Il y a d’une certaine manière une mentalité française ».

Du bio dans le 93, chiche ? Rachid tempère : « Aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’il y ait un public enclin à consommer bio à Aubervilliers ». Mais les deux associés ont plein d’autres projets. Développer de nouveaux produits, comme les céréales anciennes. Le Burkina-Faso et l’Afrique du Sud font partie des nouveaux terrains de jeu des deux explorateurs. Ou encore démocratiser les aliments bio. Leur ambition : proposer du quinoa à prix abordable (« environ 3€ les 500 grammes dans l’idéal ») et accessible au plus grand nombre. Ils souhaiteraient créer des ateliers découverte  et dégustation gratuits en Seine-Saint-Denis. « Maintenant, y’a plus qu’à ! »

Leïla Khouiel

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